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La Solitaire du Figaro en Ocean Fifty : évolution nécessaire ou rupture historique ?

UltimBoat

19 juil. 2026

Retour sur l'annonce explosive, avec un peu de recul

Le 18 juillet 2026, l'annonce du passage de La Solitaire du Figaro des monocoques Figaro Bénéteau 3 aux trimarans Ocean Fifty à compter de l'édition 2028 a provoqué l'une des plus importantes secousses de l'histoire de la course au large française. Décision stratégique pour les uns, rupture avec plus d'un demi-siècle de tradition pour les autres, ce changement dépasse largement le simple choix d'un support. Il interroge le rôle d'une épreuve devenue, au fil des décennies, la principale école de formation des navigateurs français et l'un des piliers de l'écosystème de la voile océanique.

Ce dossier revient sur les raisons qui ont conduit à cette évolution, les arguments avancés par ses promoteurs, les critiques exprimées par une très grande partie du milieu de la course au large et les conséquences potentielles pour une filière reconnue dans le monde entier.


Rarement une annonce aura autant fait l'unanimité contre elle, dans le monde de la course au large. En décidant de faire courir La Solitaire du Figaro sur des trimarans Ocean Fifty à partir de 2028, le Groupe Figaro, propriétaire de la marque, et son organisateur délégué, OC Sport Pen-Duick, ont ouvert, en le présageant, un débat qui dépasse largement la seule question du bateau utilisé.

D'un point de vue juridique, la situation est limpide. La marque "La Solitaire du Figaro" appartient au Groupe Figaro, qui est libre d'en définir l'avenir et d'en confier l'organisation à OC Sport Pen-Duick. Rien ne s'oppose donc à une évolution du support, si celle-ci est jugée conforme à la stratégie de développement de l'événement.

D'un point de vue sportif et historique, le débat est en revanche beaucoup plus complexe.

Depuis plus de cinquante ans, La Solitaire du Figaro ne constitue pas uniquement une course. Elle représente un véritable modèle de formation, reconnu comme l'un des plus exigeants au monde. C'est sur cette épreuve que se sont révélés Michel Desjoyeaux, Jean Le Cam, Franck Cammas, Armel Le Cléac'h, Jérémie Beyou, Yann Eliès, Jeanne Grégoire, François Gabart, Charlie Dalin, Yoann Richomme, Nicolas Lunven, Charlotte Yven et bien d'autres navigateurs devenus des références de la course océanique.

Son identité s'est progressivement construite autour de plusieurs principes devenus indissociables de son image : la navigation en solitaire, la course par étapes, la confrontation sur des bateaux identiques (ce qui n'a pas toujours été le cas), l'accessibilité relative des budgets et une sélection sportive où le marin devait faire la différence davantage que les moyens techniques.


Le passage aux Ocean Fifty remet en question une partie de ces fondamentaux.


Pour ses défenseurs, cette évolution constitue une adaptation indispensable à un environnement médiatique profondément transformé. Ils estiment que le modèle économique actuel s'essouffle et que le multicoque offre une réponse plus adaptée aux attentes des partenaires, des collectivités et des médias.

Pour ses opposants, le risque est de rompre avec ce qui faisait précisément la singularité de cette compétition : une course où le talent primait sur les moyens, où la densité sportive faisait la réputation du plateau et où les meilleurs jeunes navigateurs pouvaient encore accéder au plus haut niveau sans disposer de budgets comparables à ceux des grandes campagnes océaniques.

Entre nécessité économique et préservation d'un patrimoine sportif, cette décision pose finalement une question plus large : qu'est-ce qui fait réellement l'identité d'une course ? Son nom, son support, son histoire ou les valeurs qu'elle porte ?


De la Course de l'Aurore à La Solitaire du Figaro : plus d'un demi-siècle d'histoire


Lorsque naît la Course de l'Aurore en 1970, personne n'imagine que cette nouvelle épreuve deviendra quelques décennies plus tard la référence absolue de la course au large en solitaire. Créée à l'initiative du quotidien L'Aurore, la compétition poursuit un objectif relativement simple : proposer une course par étapes permettant à de jeunes navigateurs de s'illustrer sur des parcours côtiers et hauturiers accessibles. À cette époque, la voile océanique est encore largement dominée par les grandes traversées transatlantiques et nos amis Anglais. L'idée d'un championnat annuel disputé en solitaire apparaît comme une innovation.

Rapidement, l'épreuve trouve son public. Son format favorise une lecture sportive particulièrement riche : plusieurs étapes, des classements intermédiaires, des scénarios multiples et une confrontation permanente entre les meilleurs spécialistes de la discipline.

En 1980, le quotidien Le Figaro, qui a racheté le journal L'Aurore, reprend l'organisation et donne son nom à la course, qui devient officiellement La Solitaire du Figaro. Au fil des années, cette nouvelle identité s'impose comme l'une des marques les plus fortes de la voile française. Contrairement aux grandes transatlantiques disputées tous les quatre ans, la Solitaire revient chaque saison. Elle devient un rendez-vous incontournable pour les jeunes navigateurs comme pour les skippers confirmés souhaitant se mesurer à la concurrence la plus dense du circuit.

Sa réputation se construit progressivement sur une caractéristique essentielle : gagner la Solitaire est souvent considéré comme plus difficile que remporter une grande course océanique tant le niveau moyen de la flotte est élevé. Les écarts se comptent fréquemment en quelques minutes après plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de milles parcourus.


Cette densité sportive deviendra l'une des signatures de l'épreuve.


Au fil de son histoire, la Solitaire accompagnera également toutes les grandes évolutions de la course au large française : professionnalisation des équipes, apparition des centres d'entraînement, structuration des filières régionales, arrivée des sponsors privés et développement de la communication moderne.


Pour plusieurs générations de navigateurs, elle constitue le passage presque obligé avant d'accéder aux ORMA60, MOD70, IMOCA60, aux Ultim', aux Ocean Fifty (ex Multi50), ou aux grandes classiques océaniques.


Les supports de la Solitaire : une évolution permanente jusqu'à la monotypie


L'histoire de la Solitaire est également celle de ses bateaux. Entre 1970 et 1979, Divers voiliers habitables, dont le célèbre Muscadet, répondant aux règles de jauge de l'époque (RORC puis IOR). La flotte était hétérogène, avec différents plans et constructeurs. De 1980 à 1990, les concurrents évoluent sur des Half Tonners, monocoques de neuf mètres répondant à la jauge IOR. Ces bateaux offrent des performances proches mais ne sont pas identiques. Les différences de conception, de préparation ou d'optimisation peuvent influencer les résultats. Les machines sont magnifiques, les coûts explosent.

Cette période voit émerger plusieurs grands noms de la course au large, mais elle nourrit également une réflexion sur l'équité sportive. Au tournant des années 1990, les organisateurs choisissent de franchir une étape décisive.

En 1991 apparaît le Figaro Bénéteau One Design, plus communément appelé Figaro 1. Pour la première fois, tous les concurrents disposent rigoureusement du même bateau.


Ce choix constitue une révolution.


La logique n'est plus de construire le voilier le plus performant mais de démontrer la capacité du skipper à exploiter un matériel strictement identique à celui de ses adversaires. La monotypie devient alors la pierre angulaire de l'épreuve. En 2003, le Figaro Bénéteau 2 prend le relais. Plus moderne, plus rapide et plus exigeant, il accompagnera seize éditions de la Solitaire et formera une génération entière de navigateurs appelés à dominer ensuite les plus grandes courses océaniques. En 2019, le Figaro Bénéteau 3 inaugure une nouvelle ère.

Premier monocoque de série équipé de foils, il conserve la philosophie de la monotypie tout en introduisant des innovations technologiques importantes. Les performances augmentent sensiblement sans remettre en cause le principe fondamental d'égalité entre les concurrents. À l'issue de l'édition 2027, ce sera donc la quatrième génération de bateau utilisée par la Solitaire depuis sa création. L'annonce du passage aux Ocean Fifty en 2028 marquera ainsi la première rupture majeure avec le modèle du monocoque depuis près de soixante ans d'existence. Il n'y a pas de continuité dans cette décision. Nous sommes là sur une rupture de support.


Pourquoi le Figaro est devenu la référence mondiale de la formation


Si la Solitaire occupe aujourd'hui une place aussi particulière dans la course au large, ce n'est pas uniquement en raison de son ancienneté. Sa réputation repose sur un ensemble de facteurs qui, réunis, ont progressivement fait du circuit Figaro une école d'excellence unique au monde. Car avec l'arrivée de la monotypie, la Classe Figaro fait son apparition et tout un ensemble de course d'avant et d'après saison vont se courir sur le même support, à égalité, pour désigner un champion de France, non plus sur une seule course.


Le premier tient au niveau sportif extrêmement homogène des participants.


Depuis l'instauration de la monotypie, les écarts techniques ont pratiquement disparu. Les concurrents naviguent sur des bateaux identiques, préparés selon une jauge stricte, ce qui réduit considérablement l'influence du matériel.

Dans ces conditions, les différences se jouent essentiellement sur la préparation d'avant saison, la qualité de la navigation, la stratégie météorologique, la gestion de la fatigue, la préparation physique et mentale, la capacité à prendre les bonnes décisions sous pression et la régularité sur plusieurs étapes. Peu d'épreuves réunissent simultanément autant de dimensions.


Le deuxième facteur concerne son accessibilité relative.


Bien que les budgets d'une campagne Figaro aient régulièrement augmenté au fil des années, ils demeurent très inférieurs à ceux des grandes classes océaniques. Avec un coût annuel estimé entre 150 000 et 200 000 euros, un projet Figaro reste envisageable pour de jeunes navigateurs soutenus par des partenaires régionaux, des collectivités ou des filières de formation.

Cette caractéristique a permis l'émergence de nombreuses structures devenues incontournables, le skipper elf en son temps, plus récemment Bretagne CMB, la Région Normandie, Macif ou encore différents pôles d'entraînement, qui ont accompagné plusieurs générations de skippers. Enfin, la Solitaire s'est imposée comme un véritable laboratoire de compétences : Navigation, météo, électronique, communication, préparation physique, gestion de projet, recherche de partenaires : un skipper Figaro apprend à maîtriser l'ensemble des composantes d'une carrière de coureur au large. Cette exigence explique pourquoi les vainqueurs et les meilleurs Figaristes se retrouvent ensuite aux avant-postes des grandes courses internationales.

Au fil des décennies, la Solitaire n'est donc pas seulement devenue une compétition prestigieuse. Elle est devenue un système de formation reconnu bien au-delà des frontières françaises, souvent cité comme l'une des principales raisons de la domination française dans la course au large contemporaine.

C'est précisément cette dimension qui se retrouve aujourd'hui au cœur des interrogations suscitées par l'annonce du passage aux Ocean Fifty.


L'annonce d'OC Sport Pen-Duick : une décision qui bouleverse cinquante ans d'histoire


Le samedi 18 juillet 2026 restera sans doute comme l'une des dates les plus marquantes de l'histoire récente de la course au large française. À l'issue de plusieurs mois de réflexion menés conjointement avec le Groupe Figaro, propriétaire de la marque "La Solitaire du Figaro", OC Sport Pen-Duick officialise une décision qui circulait jusqu'alors sous forme de rumeur : à compter de l'édition 2028, la Solitaire ne sera plus disputée sur des monocoques Figaro Bénéteau 3 mais sur des trimarans Ocean Fifty. L'annonce surprend par son ampleur autant que par sa portée symbolique. Depuis 1991, la course est intimement liée à la monotypie. Depuis 2019, le Figaro Bénéteau 3 en est devenu le support. Le changement ne consiste donc pas à faire évoluer le bateau au sein d'une même famille de monocoques, mais à changer complètement de philosophie en adoptant un multicoque de cinquante pieds.



L'organisateur précise immédiatement que plusieurs fondamentaux seront conservés.


La course restera disputée en solitaire. Elle conservera son format par étapes. Le classement continuera d'être établi au temps cumulé. Les parcours resteront ancrés sur les façades Manche et Atlantique. Pour OC Sport Pen-Duick, il ne s'agit donc pas d'abandonner l'identité sportive de l'épreuve, mais d'en faire évoluer le support afin d'assurer sa pérennité. OC Sport Pen-Duick, ne parle pas de nouvelle course dans sa communication, mais bien de La Solitaire du Figaro.


Cette lecture est cependant loin de faire l'unanimité.


En quelques heures, la décision suscite une avalanche de réactions venues de toute la filière : anciens vainqueurs, skippers, partenaires, responsables de centres d'entraînement, sponsors, Fédération Française de Voile, Classe Figaro Bénéteau et le constructeurs le chantier Bénéteau expriment, pour beaucoup, leur surprise ou leur opposition.

Le débat dépasse rapidement le simple choix d'un bateau. Il devient une réflexion sur la définition même de ce qu'est la Solitaire du Figaro.


Les raisons avancées par l'organisateur : préserver l'événement avant tout


Face aux critiques, OC Sport Pen-Duick défend un choix qu'il présente comme une nécessité plus qu'une volonté de rupture. Selon son directeur général, Joseph Bizard, le modèle actuel montre depuis plusieurs années des signes d'essoufflement qui fragilisent l'avenir de l'épreuve. L'organisateur évoque plusieurs difficultés : La première concerne l'évolution des retombées médiatiques. Malgré son prestige dans le monde de la voile, la Solitaire peine aujourd'hui à toucher un public plus large. Les audiences stagnent, les contenus numériques peinent à rivaliser avec d'autres événements sportifs et les partenaires recherchent désormais des supports offrant davantage d'exposition visuelle et de contenus adaptés aux nouveaux usages.

Deuxième difficulté : le financement des projets sportifs. De nombreux skippers rencontrent des difficultés croissantes pour réunir les budgets nécessaires à une campagne Figaro, pourtant considérés comme relativement accessibles au regard des standards de la course au large professionnelle. Selon OC Sport Pen-Duick, cette situation traduit une perte d'attractivité globale du produit "La Solitaire du Figaro" auprès des entreprises.

L'organisateur évoque également une pression grandissante sur les collectivités locales, partenaires historiques des villes étapes, confrontées à des arbitrages budgétaires plus contraints qu'auparavant.


Dans cette analyse, la question n'est donc pas seulement celle du bateau.


Elle concerne l'ensemble du modèle économique de la course. Pour OC Sport Pen-Duick, conserver le format actuel reviendrait à prolonger un modèle dont la viabilité serait de plus en plus fragile. Fragilité qui à terme condamnerait "La Solitaire du Figaro", pour OC Sport Pen-Duick.

L'objectif affiché est donc de repositionner la Solitaire comme un événement majeur capable de retrouver une dynamique de croissance pour les décennies à venir.


Un modèle économique jugé arrivé à maturité


Depuis plus de trente ans, le modèle Figaro repose sur un équilibre relativement singulier. Les budgets demeurent suffisamment contenus pour permettre à de jeunes navigateurs d'accéder au plus haut niveau, tout en offrant aux partenaires une visibilité nationale grâce à une course bénéficiant d'une forte reconnaissance dans le milieu de la voile. Pendant longtemps, cette équation a fonctionné. La Solitaire est devenue le principal laboratoire de la course au large française. Les entreprises y trouvaient un outil de communication valorisant. Les collectivités accueillaient des villages animés. Les skippers construisaient progressivement leur carrière. Mais selon OC Sport Pen-Duick, cet équilibre s'est progressivement dégradé :


  • Les budgets des partenaires stagnent.

  • Les attentes en matière de retour sur investissement évoluent.

  • La concurrence entre les événements sportifs s'intensifie.

  • Les marques recherchent désormais des contenus permanents, des images spectaculaires, des opérations de relations publiques et une présence numérique continue.


Or le Figaro, par sa taille et sa vocation de bateau de formation, offre des possibilités limitées en matière d'hospitalités ou de valorisation événementielle. L'organisateur considère ainsi que la course doit évoluer pour continuer à séduire les partenaires privés. Cette approche est contestée par une bonne partie du milieu, qui estime que les difficultés économiques tiennent davantage à la manière de promouvoir l'événement qu'au support lui-même.

Le débat oppose ainsi deux visions. L'une considère que le produit doit évoluer pour répondre au marché. L'autre estime que c'est le travail de valorisation du produit existant qui doit être renforcé. Et il faut bien dire que ce côté là, pas grand chose n'a malheureusement évolué ! Peu de moyen alloué, peu de nouveauté et cela concerne l'ensemble de la course au large. Course au large où beaucoup de courses sont dans les mains d'un seul acteur...


L'enjeu médiatique : raconter autrement la course au large


Au-delà des aspects financiers, OC Sport Pen-Duick revendique une ambition clairement médiatique. Le constat dressé est celui d'une profonde évolution des modes de consommation du sport :


  • Les réseaux sociaux privilégient les formats courts.

  • Les plateformes numériques favorisent les contenus spectaculaires.

  • Les diffuseurs recherchent des images capables de retenir rapidement l'attention.


Dans ce contexte, les trimarans Ocean Fifty apparaissent comme un support naturellement plus spectaculaire. Leur vitesse, leur stabilité sur une coque, leurs accélérations et leur comportement offrent un potentiel visuel supérieur à celui des monocoques de dix mètres. L'organisateur entend également développer une production audiovisuelle plus ambitieuse :


  • Images embarquées.

  • Drones.

  • Caméras fixes.

  • Suivi en temps réel.

  • Contenus quotidiens destinés aux réseaux sociaux.


Cette stratégie s'inspire en partie des méthodes développées par des circuits modernes comme SailGP, où le récit médiatique occupe une place presque aussi importante que la compétition elle-même. Mais l'organisateur a-t-il les moyens de son ambition ? SailGP, via son milliardaire propriétaire, a investi durant des années à pertes avant un retour sur investissement. Autre nouveauté annoncée : l'organisation de régates en équipage devant les villes étapes. Ces courses inshore doivent permettre d'animer les escales, d'offrir un spectacle quotidien au public et de créer davantage d'opportunités de relations publiques pour les partenaires. L'objectif est de faire vivre la course même lorsque les navigateurs ne sont pas en mer. Cette évolution traduit une transformation profonde de la conception même de l'événement. La Solitaire ne serait plus uniquement une succession d'étapes hauturières, mais un rendez-vous mêlant compétition offshore, animation côtière, contenus numériques et hospitalités. Tout cela est une évolution pour "La Solitaire du Figaro", bien qu'à une époque des prologues étaient disputés aux étapes, mais est déjà ce qui existe sur les Acts des Ocean Fifty Series, sans succès médiatique avéré et sans réussir à faire venir le public en masse sur les villages des villes étapes.


Pourquoi le choix de l'Ocean Fifty ?


Le passage au multicoque ne constitue pas seulement un changement de bateau. Il résulte d'un arbitrage entre plusieurs scénarios étudiés par l'organisateur. Parmi les pistes évoquées figuraient l'évolution du format actuel autour du Figaro Bénéteau 3, l'adoption d'un autre monocoque ou encore le recours à la Class40, déjà très présente dans la course au large. Aucune de ces solutions n'aurait, selon OC Sport Pen-Duick, permis de transformer suffisamment le modèle économique de l'épreuve. Le choix s'est donc porté sur la classe Ocean Fifty. Plusieurs arguments sont avancés :


  • Le premier concerne le niveau sportif : Contrairement à des prototypes totalement ouverts, les Ocean Fifty évoluent dans une jauge relativement encadrée qui limite les écarts de performances entre les unités. Si cette homogénéité n'est pas comparable à une monotypie stricte, l'organisateur estime qu'elle reste suffisante pour préserver l'intérêt sportif.

  • Le deuxième argument est lié à la notoriété des skippers : La classe réunit déjà plusieurs navigateurs expérimentés, mais peu issus du circuit Figaro, capables selon l'organisateur de porter médiatiquement l'événement.

  • Le troisième repose sur les synergies entre calendriers : En intégrant la Solitaire au championnat Ocean Fifty Series, l'épreuve deviendrait un rendez-vous annuel majeur pour la classe. Classe qui depuis sa création à toujours tout fait pour ne pas se mélanger aux autres classes, tout en servant de préparation aux grandes échéances océaniques comme la Route du Rhum (organisée aussi par OC Sport Pend-Duick).

  • Enfin, OC Sport Pen-Duick estime que le trimaran offre une plateforme marketing plus complète. Plus spectaculaire sur l'eau, capable d'embarquer des invités, adapté aux régates côtières et aux productions audiovisuelles modernes, l'Ocean Fifty serait mieux armé pour répondre aux attentes des partenaires de demain.


Ce choix demeure toutefois un pari. Car si le potentiel médiatique du multicoque est largement mis en avant par ses promoteurs, son efficacité réelle pour relancer durablement la notoriété de la Solitaire ne pourra être évaluée qu'après plusieurs éditions et beaucoup d'inverstissements comme on l'a précédemment vu.. Entre promesse d'un nouveau souffle et rupture avec un héritage construit depuis plus d'un demi-siècle, la transition engagée ouvre une période d'incertitude dont les effets ne pourront être mesurés qu'à l'épreuve des faits.


Les critiques : entre incompréhension et inquiétude


L'annonce du passage de la Solitaire du Figaro aux Ocean Fifty n'a pas laissé le monde de la course au large indifférent. Bien au contraire. Rarement une évolution de l'épreuve aura suscité autant de réactions en si peu de temps. Si certains saluent la volonté d'OC Sport Pen-Duick et du Groupe Figaro de faire évoluer un modèle qu'ils estiment arrivé à maturité, une très large partie de la communauté nautique exprime de profondes réserves.

La critique la plus fréquente ne porte pas directement sur les qualités des Ocean Fifty. Peu contestent les performances de ces trimarans ou leur intérêt sportif. Les interrogations concernent davantage le choix de les associer à une course dont l'identité s'est construite pendant plus d'un demi-siècle autour du monocoque en solitaire et ensuite de la monotypie. Pour beaucoup d'observateurs, le changement dépasse la simple évolution technique.

Il touche à l'ADN même de la Solitaire. Depuis plusieurs décennies, cette dernière est perçue comme une école, un championnat de formation où les différences de niveau reposent essentiellement sur le talent du marin.

Changer de support reviendrait, selon certains, à transformer profondément la nature de cette compétition. D'autres voix s'interrogent également sur le calendrier de cette décision. À leurs yeux, aucune crise majeure ne semblait justifier une rupture aussi importante. La flotte Figaro demeure l'une des plus denses de la course au large française avec la Class40 et continue d'attirer de jeunes navigateurs français comme étrangers. Pour ces acteurs, une évolution du modèle économique pouvait être engagée sans remettre en cause le support historique. Cette diversité d'opinions illustre une réalité : le débat oppose moins les partisans du monocoque à ceux du multicoque qu'il ne confronte deux visions de l'avenir de la course au large. L'ordre établi : Mini 6.50, Figaro 3, Class40, IMOCA60, et ou Ocean Fifty (Bien que dans cette Classe, avec le Numerus clausus, le problème demeure avec plus de demandes que d'offre), voir Ultim', risque d'en souffrir et toute la course au large aussi.


Les anciens vainqueurs : préserver un héritage sportif


Parmi les premières réactions figurent celles des anciens vainqueurs de la Solitaire, dont beaucoup ont construit leur carrière grâce au circuit Figaro avant de s'imposer sur les plus grandes épreuves océaniques. Sans remettre en cause le droit du Groupe Figaro à faire évoluer sa course, plusieurs d'entre eux rappellent le rôle unique joué par la Solitaire dans la formation des navigateurs. Pour ces skippers, la réputation de l'épreuve repose avant tout sur son niveau sportif. Ils soulignent que les écarts extrêmement faibles observés depuis l'instauration de la monotypie constituent l'une des principales richesses de la compétition. La victoire y récompense rarement la puissance financière ou la sophistication technique. Elle distingue avant tout la capacité d'un marin à enchaîner les bonnes décisions pendant plusieurs jours de navigation.

Plusieurs anciens lauréats rappellent également que la Solitaire a accompagné toutes les grandes générations de la course au large française. De Michel Desjoyeaux à Charlie Dalin, en passant par Jean Le Cam, Armel Le Cléac'h, Jérémie Beyou, Yann Eliès ou Yoann Richomme, la quasi-totalité des grands noms de la voile océanique française ont forgé leur expérience sur le circuit Figaro. A l'inverse peu de skippers d'Ocean Fifty sont passés par l'étape Solitaire du Figaro. Sur les 13 skippers ou co-skippers engagés en Ocean Fifty, seulement trois d'entre eux ont participés à la célèbre course du quotidien. Avec un vainqueur de l'épreuve Pierre Quiroga sur l'édition 2021, avec pas moins de cinq participation à l'épreuve. Viennent ensuite Tanguy Le Turquais, avec quatre participations et Erwan Le Draoulet, trois participations, une 4ème place et enfin Basile Bourgnon et ses trois participations. Soit quatre skippers sur treize.

Pour eux, cette continuité historique constitue un patrimoine immatériel qu'il convient de préserver. Certains estiment enfin que la véritable valeur de la Solitaire réside moins dans son bateau que dans sa philosophie sportive.

Ils craignent que le changement de support ne brouille cette identité aux yeux des futurs navigateurs et des partenaires.


La Classe Figaro Bénéteau : défendre une filière structurée


La réaction de la Classe Figaro Bénéteau, qui devra changer de nom en 2028, est naturellement l'une des plus attendues. Depuis plus de trente ans, cette association veille au respect de la monotypie, à l'application de la jauge et à l'organisation du championnat. Elle représente également les intérêts des propriétaires, des skippers et de l'ensemble des acteurs du circuit. Pour la Classe, le débat dépasse largement la seule édition 2028. Il concerne l'avenir d'une filière qui s'est progressivement structurée autour du Figaro :


  • Centres d'entraînement.

  • Équipes techniques.

  • Préparateurs.

  • Loueurs.

  • Constructeurs.

  • Partenaires régionaux.

  • Tout un écosystème économique s'est développé au fil des années.


La disparition de la Solitaire du calendrier Figaro, il faudra aussi renommer le bateau, soulève donc des interrogations sur la pérennité de cet ensemble. La Classe rappelle également que le Figaro constitue aujourd'hui l'un des rares championnats où la performance dépend presque exclusivement des qualités du navigateur. Elle estime que cette spécificité représente un atout majeur pour la formation des jeunes skippers et pour l'image de la course au large française.

Sans s'opposer au développement des Ocean Fifty, elle défend l'idée que les deux modèles peuvent coexister sans que l'un remplace l'autre. Pour cela, la Classe Figaro est d'ores et déjà en ordre de marche pour mettre sur pieds la course qui remplacera au calendrier la solitaire.


La Fédération Française de Voile : préserver un outil de formation


La Fédération Française de Voile suit également le dossier avec une attention particulière. Depuis plusieurs décennies, la filière Figaro constitue l'un des principaux maillons du parcours de haut niveau français.

Les pôles d'entraînement, les centres de formation et les dispositifs d'accompagnement s'appuient largement sur ce circuit pour préparer les navigateurs aux grandes classes océaniques. Pour la Fédération, la question essentielle porte sur la continuité de cette filière. Si la Solitaire quitte le Figaro, quel sera demain le championnat de référence pour les jeunes navigateurs souhaitant accéder au plus haut niveau ? La Fédération Française de Voile rappelle régulièrement que la force du modèle français repose sur une progression cohérente entre les différentes classes. Le Figaro occupe une place centrale dans cette construction. Il permet d'acquérir une expérience de la navigation en solitaire, de la stratégie météo, de la gestion de projet et de la compétition de haut niveau dans un environnement relativement accessible.

Toute évolution devra donc, selon plusieurs observateurs, préserver cette fonction de formation qui dépasse largement le cadre d'une seule course.


Bénéteau : la fin d'un partenariat historique ?


L'annonce de la disparition du Figaro comme support de la Solitaire marque également un tournant pour le Groupe Bénéteau. Depuis le lancement du Figaro One Design en 1991, le constructeur est intimement associé à l'histoire moderne de la course. Trois générations successives de bateaux auront porté les couleurs de la Solitaire pendant près de quatre décennies. Au-delà de la visibilité médiatique, ce partenariat a permis à Bénéteau de démontrer son savoir-faire dans la conception de monotypes de haute performance. Le Figaro est progressivement devenu une référence internationale, utilisée bien au-delà des frontières françaises (Traversée du Pacifique sur la Transpac). La décision d'abandonner ce support met donc un terme à une collaboration emblématique.

Elle ouvre également une période d'incertitude concernant l'avenir de la flotte actuelle, composée de plusieurs dizaines de Figaro Bénéteau 3 encore récents. Nombre d'observateurs s'interrogent sur la valeur de revente de ces bateaux, qui sont un placement pour certains skippers et sur la capacité du circuit Figaro à poursuivre son développement sans sa course la plus emblématique.


Paprec : le retrait d'un partenaire majeur


La décision de faire évoluer la Solitaire intervient dans un contexte marqué par le retrait annoncé de Paprec. Partenaire titre de l'épreuve depuis plusieurs années, le groupe a joué un rôle essentiel dans le financement et la visibilité de la course. Son désengagement constitue un élément important de l'équation économique.

Pour certains observateurs, cette perte illustre les difficultés rencontrées par la Solitaire pour fidéliser durablement de grands partenaires privés. Pour d'autres, elle ne justifie pas à elle seule une transformation aussi profonde du modèle sportif. Le départ de Paprec alimente ainsi deux lectures différentes. La première y voit la preuve qu'une évolution est devenue indispensable. La seconde considère qu'il s'agit d'un épisode conjoncturel qui ne remet pas en cause les fondements de l'épreuve. Paprec, peut il si retrouver dans la nouvelle épreuve que va tenter de mettre en place la Classe Figaro ? Le sponsor défend la formation, la mixité et l'environnement. Des valeurs que l'on devrait retrouver dans la nouvelle "Solitaire".


Les collectivités : entre attachement historique et recherche de visibilité


Les villes étapes et les collectivités territoriales occupent une place essentielle dans l'économie de la Solitaire. Comme dans l'ensemble des courses au large en général.

Depuis des décennies, elles financent une partie de l'organisation en échange des retombées touristiques, économiques et médiatiques générées par l'événement. L'arrivée des Ocean Fifty suscite chez elles des réactions contrastées.

Certaines y voient une opportunité. Des trimarans de quinze mètres, plus rapides et plus spectaculaires, pourraient renforcer l'attractivité des escales et offrir des images plus marquantes. Les animations prévues dans les ports, les régates côtières et les opérations de relations publiques sont également perçues comme des leviers susceptibles d'accroître les retombées locales.


D'autres collectivités se montrent plus prudentes. Elles rappellent que la Solitaire doit une grande partie de son succès à son histoire, à sa proximité avec le public et à la fidélité d'un réseau de partenaires construit au fil des décennies. À leurs yeux, le changement de support ne devra pas se traduire par une perte de cette identité qui faisait de chaque étape un rendez-vous populaire autant qu'un événement sportif.


En définitive, les réactions des collectivités reflètent celles de l'ensemble de la filière : un mélange de curiosité, d'attente et d'interrogation. Toutes reconnaissent la nécessité de faire évoluer les grands événements sportifs pour répondre aux nouveaux défis économiques et médiatiques, mais beaucoup s'interrogent sur l'équilibre à trouver entre modernisation et préservation d'un patrimoine sportif dont la valeur s'est construite sur plus de cinquante ans d'histoire.


Les conséquences sur la filière française : une architecture construite depuis trente ans remise en question


Au-delà du changement de support, la principale interrogation concerne aujourd'hui l'avenir de la filière française de formation à la course au large.

Depuis le début des années 1990, la Classe Figaro s'est progressivement imposée comme le passage presque incontournable vers les grandes classes océaniques. Le circuit n'est pas uniquement un championnat ; il constitue un véritable écosystème où se côtoient jeunes espoirs, marins confirmés, préparateurs, entraîneurs, architectes, météorologues, partenaires privés et collectivités. Cette structuration progressive a permis à la France de développer une filière unique au monde. Les meilleurs navigateurs internationaux reconnaissent régulièrement que peu de pays disposent d'un système de formation aussi performant. La disparition de la Solitaire du Figaro du calendrier de la classe pose donc une question essentielle : que deviendra ce parcours de progression ?

Certains imaginent que le Championnat de France Élite de Course au Large continuera d'exister autour de la Solo Guy Cotten, de la Solo Maître CoQ, du Tour de Bretagne Voile et de la Le Havre Allmer Cup, avec une nouvelle grande course venant remplacer la Solitaire.

D'autres estiment qu'aucune nouvelle épreuve ne pourra immédiatement bénéficier du prestige accumulé par la Solitaire pendant plus de cinquante ans. Le risque, selon eux, est de voir disparaître progressivement l'attractivité du circuit Figaro auprès des jeunes navigateurs et de leurs partenaires.

La question est d'autant plus sensible que la plupart des filières régionales ont construit leur modèle sportif autour de cette progression : apprendre sur des supports collectifs, accéder au Figaro, puis rejoindre les classes océaniques. Changer une marche de ce parcours revient à modifier l'ensemble de l'architecture.


Les impacts économiques : deux modèles radicalement différents


Le débat dépasse largement la dimension sportive. Il oppose également deux modèles économiques très différents.

Le circuit Figaro repose historiquement sur une logique de mutualisation. Les bateaux sont identiques. Les coûts de fonctionnement sont relativement maîtrisés. Les équipes techniques demeurent limitées. Le matériel est standardisé.

Les possibilités de développement technologique restent volontairement réduites.

Cette organisation permet à de nombreux partenaires régionaux, PME ou collectivités de financer des projets compétitifs sans disposer de budgets comparables à ceux des grandes campagnes océaniques.


À l'inverse, les Ocean Fifty répondent à une logique différente. Même si la jauge encadre fortement la conception des bateaux, les campagnes sportives nécessitent des équipes techniques plus importantes, une logistique plus lourde et des investissements supérieurs. Même si la classe fait des efforts de mutualisation lors des longs déplacement, mais par choix réels ou par manque de moyens jusque-là ?

Les partenaires recherchent également des retombées plus larges : opérations de relations publiques, hospitalités, communication événementielle, contenus audiovisuels, activation digitale. Et là, tout le monde est d'accord, la plateforme d'un Ocean Fifty offre des possibilité énorme, qui n'existe même pas avec un IMOCA60.


Pour OC Sport Pen-Duick, ce changement ouvre de nouvelles perspectives économiques. Pour les critiques, il augmente au contraire le seuil d'entrée dans la discipline et risque de réduire le nombre d'acteurs capables de financer un projet. L'une des interrogations majeures concerne ainsi la composition future de la flotte. La Solitaire rassemblait régulièrement entre trente et quarante bateaux. Le circuit Ocean Fifty compte aujourd'hui un nombre beaucoup plus restreint d'unités (11). Et la classe Ocean Fifty, bloque ce nombre d'unité, pour maintenir le prix des trimarans à un niveau élevé.

La capacité à maintenir une flotte nombreuse et compétitive constituera l'un des principaux indicateurs de réussite du nouveau modèle. Que se passera-t-il sur une étape avec de la casse ou des trimarans retournés ? La course se poursuivra avec 7 ou 8 bateau seulement ?


Les interrogations autour des Ocean Fifty


Le choix des Ocean Fifty ne fait pas débat quant à leurs qualités nautiques et spectaculaires. Ces trimarans de quinze mètres offrent un niveau de performance remarquable, des vitesses élevées et un spectacle particulièrement attractif. Ils se rapprochent des ORMA60 de la grande époque. Mais la flotte était beaucoup plus dense.


En revanche, plusieurs questions demeurent ouvertes : La première concerne la navigation en solitaire. Les Ocean Fifty ont été conçus pour être polyvalents, mais la majorité de leurs grandes courses sont aujourd'hui disputées en équipage ou en double. Une Solitaire disputée sur ces bateaux imposera des exigences physiques, techniques et sécuritaires différentes de celles rencontrées sur les Figaro. Sans oublier que des sprints de deux ou trois jours, sont à gérer à bord de ces machines ultra volages, d'une autre manière qu'une transat en solitaire, surtout si les sprints se succèdent.

La deuxième interrogation porte sur la densité sportive : La force historique de la Solitaire résidait dans la confrontation permanente d'une quarantaine de navigateurs naviguant sur des bateaux identiques. Même si les Ocean Fifty évoluent dans une jauge relativement homogène, des différences subsistent entre les unités, les programmes de développement et les moyens engagés.

La troisième question concerne le renouvellement de la flotte : Construire un Ocean Fifty représente un investissement considérable (3.5 à 4 millions d'euros). Le nombre limité de bateaux disponibles pourrait restreindre, pour des années, l'accès à la nouvelle Solitaire.


Enfin, certains observateurs s'interrogent sur la capacité de la classe à absorber un événement supplémentaire dans un calendrier déjà dense. Ces interrogations ne remettent pas en cause les qualités intrinsèques des Ocean Fifty. Elles traduisent simplement les incertitudes qui accompagnent tout changement de modèle. Sans parler qu'une partie des équipes n'arrivent pas à boucler leur budget et cela depuis des mois. Une course à étape, avec des escales à l'étranger (Grande Bretagne, Irlande, Portugal, Espagne), demande des budget qui n'ont pas grand chose à voir avec un Act des Ocean Series actuel.


La notoriété : le changement de support suffit-il ?


L'un des principaux arguments avancés par les promoteurs du projet repose sur la recherche d'une visibilité accrue.

Le raisonnement est relativement simple :


  • Des bateaux plus rapides.

  • Des images plus spectaculaires.

  • Des contenus numériques plus attractifs.

  • Une présence renforcée sur les réseaux sociaux.

  • Des régates côtières.

  • Des hospitalités plus développées.


L'ensemble devrait permettre de séduire davantage de partenaires et de médias. Cette hypothèse paraît cohérente au regard des évolutions actuelles du marketing sportif. Elle soulève néanmoins plusieurs interrogations.

L'histoire du sport montre en effet que la notoriété d'un événement ne dépend pas uniquement de son support technique.

Elle repose également sur son récit, son patrimoine, ses champions, son identité et sa capacité à créer un attachement durable auprès du public. Avec les Ocean Fifty, l'organisateur repart de zéro. Qui en dehors du microcosme de la voile, connaît un skipper engagé aujourd'hui sur ce support ? Qui aujourd'hui en dehors de la Bretagne, même avec ses frontières d'un temps passé, est capable de donner un nom d'un des sponsors présents sur les flotteurs des trimarans ?

La Solitaire du Figaro bénéficie précisément de cet héritage. Depuis plusieurs générations, son nom évoque une école d'excellence, une compétition impitoyable où les meilleurs marins viennent mesurer leur niveau. Cette réputation s'est construite progressivement, sans pour autant atteindre le grand public, ici aussi.

Elle ne découle pas uniquement du bateau utilisé. La question devient alors centrale : le changement de support permettra-t-il d'élargir véritablement le public de l'épreuve ou risque-t-il, au contraire, de brouiller une identité patiemment construite ?

À ce stade, aucune réponse définitive ne peut être apportée. Il s'agit d'un pari stratégique dont les résultats ne pourront être évalués qu'après plusieurs éditions et avec des investissements dans l'activation sans commune mesure à ce qui est proposé à l'heure actuelle.


Figaro 3 contre Ocean Fifty : deux philosophies de la course au large


Comparer le Figaro Bénéteau 3 et l'Ocean Fifty revient moins à opposer deux bateaux qu'à confronter deux conceptions de la course au large. Le Figaro est avant tout un bateau formation. Sa monotypie garantit une égalité quasi parfaite entre les concurrents. Son coût relatif permet l'émergence de nouveaux talents. Sa simplicité apparente masque une extrême exigence technique où chaque erreur de réglage, de trajectoire ou d'analyse météorologique se paie immédiatement.

L'Ocean Fifty appartient à une autre catégorie. Il incarne la vitesse, la puissance et la technologie. Il attire naturellement les regards, comme l'ensemble des multicoques. Il offre un potentiel médiatique supérieur.

Ses performances permettent de produire des images spectaculaires et de développer des formats événementiels plus riches. Ces différences ne traduisent pas une hiérarchie de valeur entre les deux supports.

Elles illustrent deux objectifs distincts. Le Figaro privilégie la formation et la confrontation sportive.

L'Ocean Fifty met davantage l'accent sur le spectacle, la communication et l'expérience proposée aux partenaires.

C'est précisément cette différence de philosophie qui explique l'intensité du débat actuel.

Les partisans du changement considèrent que la Solitaire doit évoluer avec son époque pour conserver son attractivité.

Ses opposants estiment qu'en modifiant son support, elle risque d'abandonner ce qui faisait sa singularité et sa réputation internationale.


Entre ces deux visions, il n'existe aujourd'hui ni certitude ni verdict. Le succès ou l'échec de cette transformation dépendra de nombreux facteurs : la capacité à attirer une flotte compétitive, l'adhésion des partenaires, la fidélité du public, l'émergence de nouveaux talents, la conception d'une nouvelle façon de suivre une course en temps réel et, surtout, la faculté de préserver l'esprit d'excellence qui a fait de la Solitaire l'une des courses les plus respectées de la voile océanique.

À ce stade, une seule certitude s'impose : au-delà du changement de bateau, c'est un changement de modèle qui est engagé. Et comme toute évolution majeure dans l'histoire du sport, il ne pourra être jugé qu'à l'épreuve du temps.


Deux courses, deux héritages ?


À partir de 2028, une situation inédite pourrait voir le jour dans le paysage de la course au large française.

D'un côté, La Solitaire du Figaro conserverait son nom, sa marque et son format de course par étapes, mais évoluerait sur des trimarans Ocean Fifty.

De l'autre, la Classe Figaro Bénéteau, avec un nouveau nom à trouver, pourrait poursuivre son championnat en créant ou en renforçant une grande course en solitaire destinée à conserver le rôle de référence sportive de la filière.

Cette hypothèse soulève une question fondamentale : qu'est-ce qui fait réellement l'identité de la Solitaire ?


Sur le plan juridique, la réponse est simple. Le Groupe Figaro est propriétaire de la marque. Il est donc seul habilité à décider de son évolution et de son utilisation. En confiant son organisation à OC Sport Pen-Duick, il lui appartient également de définir le support sur lequel l'épreuve est disputée.


Mais sur le plan historique, la réponse est moins évidente. Pour une partie du milieu nautique, l'identité de la Solitaire ne réside pas uniquement dans son nom. Elle repose également sur un ensemble de valeurs : la monotypie, la navigation en solitaire sur monocoque, l'accessibilité de la filière, la densité sportive et le rôle de formation des jeunes navigateurs.


La coexistence de deux épreuves poursuivant des objectifs différents pourrait ainsi brouiller les repères établis depuis plusieurs décennies.


  • L'une porterait la marque historique.

  • L'autre pourrait revendiquer une forme de continuité sportive.


Cette situation serait inédite dans l'histoire de la course au large française.


La question de l'héritage


Toutes les grandes compétitions sportives évoluent. Le Tour de France a changé de vélos, la Coupe de l'America a connu de nombreuses révolutions technologiques est elle aussi passée au multicoque, avant de faire machine arrière, la Formule 1 a profondément transformé ses monoplaces et même intégré l'électricité dans sa motorisation.

Pour autant, ces évolutions se sont généralement inscrites dans une continuité de philosophie. Le débat actuel porte précisément sur cette notion.

Le passage du Figaro 3 à l'Ocean Fifty constitue-t-il une évolution comparable aux précédentes transformations de la Solitaire ou une rupture plus profonde ?

Les défenseurs du projet rappellent que la course conservera ses fondamentaux : un navigateur seul à bord, plusieurs étapes, un classement au temps cumulé et des parcours exigeants.

Ses opposants soulignent au contraire que le changement de support modifie profondément les compétences mobilisées, la nature du pilotage, les coûts de fonctionnement et le profil des participants. Et ferme la course faute de trimarans disponibles. Un peu à la manière d'une ligue fermée.


Autrement dit, deux lectures de l'histoire s'affrontent :


  • Pour les uns, la Solitaire évolue.

  • Pour les autres, elle change de nature.


Comme souvent dans le sport, seul le temps permettra de déterminer laquelle de ces analyses s'imposera.


Le public décidera, si l'information arrive jusqu'à lui...


L'annonce du passage de la Solitaire du Figaro aux Ocean Fifty constitue incontestablement l'une des décisions les plus importantes prises dans la course au large française depuis très longtemps.


La Solitaire du Figaro souffre du même mal que l'ensemble de la course au large : un manque de notoriété. En dehors de la Route du Rhum ou du Vendée Globe, dont les villages de course sont devenus de véritables foires populaires, avec un public qui ne vient même plus pour la course. Le véritable problème reste celui de la communication. Il manque un récit, des explications, une mise en valeur des marins et des enjeux, ainsi que des moyens pour assurer un suivi en direct digne de ce nom des courses océaniques.


Et ce ne sont ni les réseaux sociaux, ni deux balades de pseudo influenceurs qui résoudront ce problème. En tout cas pas que cela !




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