

Ultim Boat
22 févr. 2026
Route du Rhum destination Guadeloupe 2026 ORMA60 et MOD70 le grand retour 7/10
À neuf mois du départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026, la catégorie Multi Vintage suscite déjà un fort engouement autour du retour en solitaire des trimarans ORMA 60 et MOD70. Alors que douze places seulement sont disponibles et que de nombreux skippers ont déjà déclaré leur intention d’être au départ, cette série d’articles propose de faire le point sur les projets en construction, l’état de préparation des bateaux, les choix techniques engagés et les motivations des marins qui souhaitent ramener ces multicoques mythiques sur la plus célèbre des transatlantiques en solitaire, du plus compact engagé, le trimaran Proludic et ses 11,58 mètres, au géant de la flotte annoncée, Use It Again, long de 22,90 mètres, dont les skippers ont eux aussi affiché leur ambition de rejoindre la ligne de départ à Saint-Malo.

Dans la vague de renaissance des multicoques historiques attendus sur la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026, le projet porté par Michael Girard s’impose comme l’un des plus ambitieux techniquement. À Dunkerque, l’ingénieur et skipper de 33 ans s’est lancé dans la remise en état complète d’un trimaran abandonné depuis plus de quinze ans : Spirit of Titan, ex-Spirit of Apricot de Tony Bullimore, l’un des ORMA 60 emblématiques de la fin des années 1980.
L’objectif est clair : redonner vie à une machine de course radicale en s’appuyant sur une philosophie de réemploi et de sobriété afin de prendre le départ en solitaire, à Saint-Malo en novembre prochain, dans la catégorie Multi Vintage.
Un ORMA oublié, mais toujours redoutable
Le trimaran possède déjà une longue histoire en course au large. Construit en 1988 sur plans Noble/Smith, mis à l’eau sous le nom de Spirit of Apricot, il a déjà participé à la Route du Rhum, dans les mains de Lionel Péan, avant d’aller rejoindre les autres ORMA 60 dans les compétitions nordiques et de tomber progressivement dans l’oubli.
Lorsque Michael Girard met la main sur le bateau début 2025 avec l’aide de Sean Vernon, la situation est préoccupante : “Structurellement, le bateau est bon. Au niveau cosmétique et des équipements, ce n’était pas le cas. L’électronique était hors service, l’accastillage à revoir, il n’y avait même plus de grand-voile et le moteur était mort”. Malgré cela, le skipper voit immédiatement le potentiel : “C’est une base solide avec un potentiel énorme”. Particulièrement léger pour sa taille, le trimaran reste une plateforme rapide mais exigeante, typique des ORMA de l’époque, peu protégés et très physiques à mener en solitaire.
Michael Girard, ingénieur et skipper de terrain
Né et élevé à Tahiti, Michael Girard suit un parcours mêlant ingénierie de haut niveau et immersion dans la course au large. Passionné de voile dès l’enfance, il poursuit des études en ingénierie des matériaux à Nancy et en Suède, avant d’intégrer Multiplast en 2015 pour travailler sur les premiers IMOCA à foils qu’est St Michel - Virbac. Il enchaîne ensuite les projets majeurs avec la construction d’AC45 et AC50 pour la Coupe de l’America, intègre le Groupama Team France aux Bermudes pour l’America’s Cup, participe à la construction des F50 du circuit SailGP (Oracle Team USA et SoftBank Team Japan, entre autres). En parallèle, il restaure un quarter toner et une vedette à moteur. Puis vient la supervision du refit du trimaran Use It Again après son tour du monde à l’envers et intègre la direction technique du Team Prysmian Group pour le dernier Vendée Globe. Parallèlement à cette carrière professionnelle, une autre passion l’accompagne : “Je suis fan de mécanique. Restaurer de vieux véhicules, trouver des solutions différentes de celles du neuf, c’est quelque chose que j’aime vraiment faire”.
Philosophie du projet : faire mieux avec moins
Spirit of Titan n’est pas un projet de construction, mais de renaissance. Michael Girard souhaite porter une démarche plus sobre après dix années passées dans la construction de machines high-tech. “Nous voulons réutiliser le maximum des équipements. Ce qui peut être remis en état le sera. Nous ne sommes pas fermés au neuf quand c’est nécessaire, mais l’idée est de limiter l’empreinte environnementale. Je souhaite porter un projet ayant un impact environnemental bien plus faible que la construction d’un nouveau bateau de course”. Il insiste aussi sur la dimension budgétaire : “Pour un petit budget, on peut faire un très beau projet”.
Un chantier colossal à Dunkerque
Le bateau est désormais basé à Dunkerque depuis mi-avril 2025, après un convoyage rendu possible par une première remise en état de navigation en Scandinavie suite au rachat du trimaran : “C’est simple, rien ne fonctionnait. Nous avons fait un système minimal pour convoyer le bateau, il n’y avait même plus de grand-voile, nous avons racheté une grand-voile d’IMOCA 60 pour le convoyage. Le plus compliqué a été de changer le gréement sans démâter le bateau, en Suède et en plein hiver. Trouver un port qui veuille bien accueillir un tel bateau est aussi un défi”.
Un refit doit débuter début 2026 et, parmi les bonnes surprises, les voiles d’avant : “Le J2 et le J1 sont de vieilles voiles, mais qui n’ont quasiment pas navigué. Il nous faut en priorité un J3, une trinquette et une grand-voile. En fonction du budget que nous aurons, nous remplacerons ce qui est prioritaire.”
Un chantier qui va consister à mettre à nu la plateforme du trimaran pour repartir sur une base saine. Tout sera révisé, remis à niveau. Le bateau est un bateau à l’ancienne qui mouille beaucoup, bas sur l’eau. Le confort à bord est inexistant. Le projet est de construire un cockpit de protection : “Nous souhaitons faire une casquette un peu comme les Ocean Fifty, pour abriter le cockpit et le skipper, c’est une priorité”. Un chantier qui devrait durer cinq mois, avec une remise à l’eau prévue pour le mois de mai. S’ensuivra une série de tests et de journées de fiabilisation. Des entraînements de juin à septembre, la qualification, et il sera temps de rejoindre Saint-Malo.
Les travaux à mener restent considérables :
remise en état complète de l’accastillage,
réparations des flotteurs et des étraves,
peinture générale,
installation d’un nouveau moteur,
refonte totale du circuit électrique,
mise à jour des systèmes de navigation,
modernisation du pilote automatique,
renouvellement progressif des voiles.
Le budget, nerf de la course et de sa préparation
Avec les travaux déjà effectués, le skipper estime qu’avec un budget de 300 000 euros, il peut être sur la ligne de départ à Saint-Malo en novembre prochain. “Je pense que nous pouvons être dans de bonnes conditions sur la ligne de départ de cette Route du Rhum 2026 si nous trouvons rapidement des partenaires. D’autant que ces bateaux ont fait rêver. Ils sont rapides, spectaculaires, impressionnants. Ce sont des bateaux qui plaisent aux amateurs de voile !”. Et le plateau s’annonce somptueux dans cette classe Multi Vintage, avec le retour de plusieurs ORMA 60.
Un lien fort avec la Polynésie
Michael Girard vient de rentrer de Tahiti, où il a rejoint Sean Vernon et son MOD70 Wraith 2 en escale sur la route pour la Nouvelle-Zélande. Les deux skippers en ont profité pour établir deux records et échanger avec les médias locaux sur leurs projets. Le but : rechercher des partenaires. “Étant né et ayant grandi à Tahiti, je voudrais courir sous les couleurs polynésiennes. Je voudrais que ce projet soit une démonstration de nos talents, que cela soit techniques, maritimes ou artistiques. Les Polynésiens sont des navigateurs, ils sont arrivés en Polynésie par la mer à bord de pirogues à voiles. Le lien avec la mer est fort. Le bateau sera décoré d’arts réalisés par des artistes polynésiens. Après la Route du Rhum, le projet est de convoyer le bateau en Polynésie avec un équipage polynésien et d’utiliser le bateau pour faire découvrir la voile sur un tel support aux jeunes espoirs polynésiens de la voile, mais aussi aux enfants des écoles locales à Tahiti et dans les îles, afin de susciter des vocations”.
Caractéristiques techniques :

Architectes : Noble / Smith
Longueur : 18,28 m
Largeur : 15,40 m
Poids : 5 tonnes
Tirant d’eau : 3 m
Surface de voiles au près : 195 m²
Surface de voiles au portant : 380 m²
Surface du mât aile : 20 m²
Hauteur du mât : 29 m
Matériaux : Carbone
Chantier : Noble / Smith
Date de mise à l’eau : 1988
Dénominations successives du trimaran : Spirit of Apricot ; Saab Turbo 2 ; St Malo Esprit de Conquête ; Spirit
Thoshiba ; Gore-Tex ; Spirit of Kexchoklad ; Spirit of Titan ; Whyshore ; Spirit of Titan.
Principaux résultats : Victoire au Grand Prix des multicoques de La Rochelle (1990) ; Route du Rhum 1990 : 5ᵉ place ; Victoire au Tour de Gotland (2000).
