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Multi Vintage Philippe Gigan et Trivadel dans la bataille des multicoques Mythiques

Ultim Boat - Photo de couverture : DR

12 févr. 2026

Route du Rhum destination Guadeloupe 2026 ORMA60 et MOD70 le grand retour 4/10

À neuf mois du départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026, la catégorie Multi Vintage suscite déjà un fort engouement autour du retour en solitaire des trimarans ORMA 60 et MOD70. Alors que douze places seulement sont disponibles et que de nombreux skippers ont déjà déclaré leur intention d’être au départ, cette série d’articles propose de faire le point sur les projets en construction, l’état de préparation des bateaux, les choix techniques engagés et les motivations des marins qui souhaitent ramener ces multicoques mythiques sur la plus célèbre des transatlantiques en solitaire, du plus compact engagé, le trimaran Proludic et ses 11,58 mètres, au géant de la flotte annoncée, Use It Again, long de 22,90 mètres, dont les skippers ont eux aussi affiché leur ambition de rejoindre la ligne de départ à Saint-Malo.



Philippe Gigan
Philippe Gigan

Parmi les projets les plus atypiques en préparation pour la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026, celui de Philippe Gigan se distingue autant par sa philosophie que par sa construction. Avec Trivadel, le navigateur normand s’est lancé dans un pari audacieux : assembler un trimaran de 60 pieds compétitif, mais à la puissance du 50 pieds, presque entièrement à partir de pièces issues d’anciens multicoques de course. A l'image de ce qu'avait entrepris un certain Francis Joyon en 1987 avec le catamaran IB Express puis BPO, avec les deux premières coques du elf aquitaine II première version, le mât de Jean Stalaven II, la première poutre arrière du catamaran Roger & Gallet, d'un certain Eric Loizeau et des voiles de Biotherm II de Florence Arthaud.. Un projet technique, écologique et humain qui pourrait bien devenir l’un des symboles de cette édition dans la catégorie Multi Vintage.


Philippe Gigan, constructeur avant tout

Philippe Gigan n’est pas issu du circuit professionnel de la course au large. Entrepreneur dans la Manche, il dirige plusieurs boulangeries lorsqu’il n’est pas en mer. Mais derrière cette activité se cache un marin expérimenté et surtout un constructeur passionné.

Il a notamment passé huit années autour du monde à bord d’un catamaran de 50 pieds qu’il avait lui-même construit, expérience fondatrice qui lui a donné la maîtrise technique nécessaire pour envisager un projet de grande ampleur.

De retour en France en 2021, il souhaite lancer une aventure maritime qui dépasse le simple défi sportif. Son ambition : montrer qu’un projet de course au large peut s’inscrire dans une logique d’économie circulaire en donnant une seconde vie à des bateaux abandonnés. Ainsi naît le projet Trivadel.


Trivadel, un trimaran aux mille vies

La particularité majeure du trimaran réside dans sa conception : environ 80 % de la structure provient du réemploi d’éléments issus de multicoques de compétition.

Pendant près de trois ans, Philippe Gigan a parcouru ports, chantiers et dépôts pour rassembler les différentes pièces nécessaires à la construction de son bateau, comparant volontiers son travail à celui d’un puzzle technologique géant.


Les principales composantes proviennent de bateaux mythiques :


  • Les trois coques sont celles de l’ancien ORMA60 Sodebo de Thomas Coville, mis à l’eau en 2002 sur plan VPLP, retrouvées à l’abandon dans un champ en Mayenne.

  • Le mât, volontairement plus court pour assagir le bateau, provient d’un ancien Multi50 Actual d'Yves Le Blévec

  • Les bras de liaison ont été reconstruits chez Grand Large Composites à partir des moules de l’ex-Multi50 Prince de Bretagne de Lionel Lemonchois, avec les plans d’origine fournis par le cabinet VPLP.

  • Le moteur provient également du trimaran Sodebo.

  • Les winchs et la dérive sont issus de l’ancien ORMA La Trinitaine de Marc Guillemot

  • Les colonnes de winch ont été récupérées sur le maxi-catamaran Orange 2, de Bruno Peyron recordman du Trophée Jules Verne, maintenant super yacht de croisière en refit chez Multiplast à Vannes.


Une véritable synthèse de l’histoire récente des multicoques océaniques.


Un ORMA revisité partie 1

Techniquement, Trivadel n’est pas un ORMA classique. Philippe Gigan parle plutôt d’un "50 pieds construit sur une base de 60 pieds". Mais pourquoi les coques de l’ex-Sodebo ORMA60 de Thomas Coville se sont-elles retrouvées sans bras ?

À la fin de l’ère ORMA60 et quelques années après l’arrivée des premiers Ultime de type IDEC, Sodeb'O et Oman Air — trois sister-ships — et apparaissent quasiment au même moment le premier MOD70. Deux trimarans sont conçus : Gitana 11 et le MAXI80 Prince de Bretagne, en vue de la Route du Rhum 2010.


L’intérêt de ces deux bateaux réside dans leur coût maîtrisé, puisqu’on ne part pas d’une feuille blanche : différents éléments d’un ORMA60 sont récupérés (une partie des coques, les bras, le mât, les voiles), permettant une construction plus rapide et une plus grande sécurité en mer pour un solitaire, avec seulement six mois de chantier et un budget bien inférieur à celui d’un Ultime ou d’un MOD70.


L’atout majeur du Sodebo ORMA60 va résider alors dans sa largeur (18.23 mètres). Lionel Lemonchois choisit donc de récupérer les deux bras du trimaran pour la construction de son Maxi 80 Prince de Bretagne, Une nouvelle coque centrale et des flotteur sont construit chez Multiplast toujours signés VPLP. Le bateau, dont les bras tribord sont brisés depuis de longs mois, reste au mouillage du côté de Newport (Rhode Island).

Les coques centrales et les flotteurs sont ensuite stockés puis vendus séparément pour différents projets qui, finalement, ne verront jamais le jour. Jusqu’à la naissance de Trivadel.


Un ORMA revisité partie 2

Pour revenir au projet Trivadel, c'est l'inverse qui a été rechercher dans la démarche de son skipper. La longueur des coques et flotteurs ont été conservées, mais la largeur des bras et la hauteur du mât diminuée.


Plusieurs adaptations ont été réalisées sur Trivadel :


  • mât reculé pour modifier l’équilibre du bateau,

  • puits de dérive avancé,

  • création d’un espace de vie plus exploitable,

  • volonté de rendre le bateau plus tolérant en solitaire.


L’objectif n’est pas d’obtenir une machine extrême, mais un trimaran rapide, fiable et manœuvrable pour un skipper solitaire. Cette approche s’inscrit pleinement dans la logique Multi Vintage, où la performance pure laisse aussi place à l’ingéniosité et à la durabilité.


Un chantier normand en pleine effervescence

La construction prend forme à Caen, dans les ateliers de Grand Large Composites, où le projet progresse progressivement. Contrairement aux campagnes professionnelles structurées autour de grandes équipes, le projet repose largement sur l’engagement personnel du skipper, entouré d’un réseau d’artisans et de techniciens locaux.

Philippe Gigan a déjà investi environ 500 000 euros sur fonds propres pour mener à bien la construction. La recherche de partenaires se poursuit afin de permettre au bateau d’entrer en configuration course.

La mise à l’eau est visée pour début 2026, laissant ensuite plusieurs mois pour la fiabilisation et la prise en main avant le départ de Saint-Malo.




Un projet qui dépasse la course

Le trimaran ne doit pas servir uniquement à une campagne Route du Rhum. Après la transatlantique 2026, Philippe Gigan prévoit de lancer le Trivadel Sailing Club, un programme de navigation basé aux Antilles permettant à des sociétaires de naviguer et régater à bord du trimaran de novembre à juin. L’idée est de prolonger la vie sportive du bateau tout en le rendant accessible à une communauté de passionnés.


Une démonstration d’économie circulaire nautique

Le projet Trivadel porte un message clair : la performance et l’écologie ne sont pas incompatibles. Dans un contexte où la construction de nouveaux bateaux de course implique des matériaux et des procédés énergivores, le choix du réemploi constitue une alternative concrète.

Plutôt que de laisser des coques mythiques se dégrader dans des champs ou des hangars, Philippe Gigan leur offre une seconde carrière en compétition. Une démarche qui pourrait inspirer d’autres projets à l’avenir.


Un outsider très attendu en Multi Vintage

Face aux projets portés par des skippers professionnels aguerris, Philippe Gigan arrive avec une approche artisanale et engagée. Mais son expérience de constructeur, sa connaissance de la navigation hauturière et la qualité des éléments réunis pour composer Trivadel pourraient bien créer la surprise. À neuf mois du départ, le chantier entre dans une phase décisive.

Si le calendrier est tenu, le trimaran normand pourrait s’aligner sur la ligne de départ de la Route du Rhum 2026 comme le symbole d’un multicoque ressuscité par la passion et l’ingéniosité.


Et rappeler qu’en course au large, l’histoire s’écrit parfois avec des bateaux qui ont déjà vécu plusieurs vies.


Caractéristiques Trivadel :

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Architecte : VPLP / Philippe Gigan

Longueur : 18.28 m

Largeur : 14.75 m

Poids : 6 t

Tirant d'eau : 3.5 m

Surface de voile au près : 175 m²

Surface de voile au portant : 250 m²

Matériaux : Carbone / fibre de verre

Chantier : B&B puis GLC

Année de mise à l'eau : 2002 puis 2026


Dénominations précédentes du trimaran : Sodebo


Victoires principales : Record SNSM 2005 ; Record Route de la Découverte 2005 ; Record Miami/New-York 2005 ; Record SNSM 2006 ; Record Cowes/Dinard 2006 ; Tour des îles Britanniques 2006 ;

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