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Wraith II : le pari d'un MOD70 de records en solitaire sans énergie fossile et pour la protection des océans

Ultim Boat

5 août 2026

autonome et pouvant servir pour la croisière, l'ambitieux programme de Sean Vernon

Lorsqu'il a été imaginé par le cabinet VPLP, à la demande de trois hommes Marco Simeoni, Stève Ravussin et Franck David au début des années 2010, le programme MOD70 poursuivait un objectif clair : tourner la page des ORMA60 en proposant une plateforme monotype fiable, performante et plus accessible. Conçus pour naviguer avec des équipages de six à dix marins, les sept trimarans de la série devaient s'affronter sur des Grands Prix, des parcours côtiers et quelques grandes courses océaniques, principalement en équipage ou en double.

Quinze ans plus tard, l'un de ces trimarans est en train de connaître la transformation la plus profonde jamais réalisée sur un MOD70. Le Wraith II, troisième exemplaire de la série, fait actuellement l'objet d'un chantier de refit majeur en Nouvelle-Zélande. L'objectif est ambitieux : transformer un multicoque de Grand Prix conçu pour un équipage complet en un trimaran capable d'être exploité en solitaire, totalement autonome en énergie, performant en course, utilisable en croisière et comme plateforme scientifique, tout en conservant les performances qui ont fait la réputation de la classe.

À la tête de ce projet se trouve l'Américain Sean Vernon, propriétaire et skipper du bateau, également fondateur de l'organisation Offshore Allies, qui œuvre pour la protection des océans, la recherche marine, la promotion de la voile auprès des jeunes et le développement de technologies offshore durables.


Un MOD70 au riche passé sportif

Photo : Team Phaedo - Rachel Fallon-Langdon
Photo : Team Phaedo - Rachel Fallon-Langdon

Mis à l'eau en 2011 à Lorient sous les couleurs de Foncia pour Michel Desjoyeaux, le trimaran n'aura porté ce nom que peu de temps. Le programme sportif s'arrête dès le milieu de l'année 2012 avant que le bateau ne retrouve les plans d'eau internationaux en 2015 sous le nom de Phaedo 3.

Sous cette identité, le MOD70 va connaître la plus belles périodes de sa carrière. Son propriétaire Lloyd Thornburg accompagné par Brian Thompson et déjà un certain Sam Goodchild, multiplie les victoires et établit une vingtaine de records sur les principaux océans du globe. Ce succès contribue largement à relancer l'intérêt pour la classe MOD70, alors que plusieurs unités reprennent progressivement la compétition sur des épreuves organisées principalement dans le monde anglo-saxon.

Après Phaedo 3, le trimaran passe sous pavillon hongkongais avec le projet Beau Geste avant de rejoindre les États-Unis pour l'aventure Snowflake. Ce programme sera de courte durée et le bateau restera immobilisé pendant près d'un an et demi à Richmond, dans la baie de San Francisco.

C'est là que Sean Vernon rachète le trimaran. Après une remise en route rapide du trimaran et une modernisation de l'électronique à Los Angeles, il entreprend un programme sportif particulièrement ambitieux. Naviguant en solitaire, il s'empare du record Los Angeles - Tahiti, puis signe plusieurs performances locales en Polynésie avant de convoyer le bateau jusqu'en Nouvelle-Zélande, toujours en solitaire.


Initialement, l'objectif était de participer à la Route du Rhum 2026. Ce projet sera finalement abandonné après le refus de l'organisateur d'accorder une dérogation permettant à un MOD70 d'intégrer la catégorie Rhum Multi. Loin de remettre en cause le projet, cette décision conduit Sean Vernon à concentrer tous ses efforts sur la transformation complète du trimaran. A faire une pause bienvenue et poursuivre la recherche de partenaires, souhaitant s'associer à ce programme ambitieux.


Une philosophie simple : conserver les performances sans énergie fossile

Le chantier actuellement mené chez Quayside Boatyard, à Warkworth en Nouvelle Zélande depuis février 2026, ne consiste pas à adapter un bateau de course à la croisière. L'ambition est exactement inverse : conserver l'ADN d'un trimaran capable de dépasser les 40 nœuds tout en supprimant définitivement les énergies fossiles et en permettant à une seule personne d'exploiter le bateau en toute sécurité.

L'ensemble du projet repose sur un principe directeur : chaque kilogramme ajouté doit être compensé par une réduction de poids ailleurs afin que le déplacement final demeure identique, voire inférieur, à celui du MOD70 d'origine. Cette philosophie influence l'ensemble des choix techniques du chantier.


Un retour aux caractéristiques d'origine

La première étape du refit a débuté avec la mise à terre du trimaran. Le mât, qui avait été rallongé lors du précédent programme Snowflake, a été tronçonné afin de retrouver les dimensions prévues lors de la conception du MOD70. Les voiles ont été retaillées pour correspondre au nouveau plan de voilure tandis que le gréement dormant a été entièrement déposé et envoyé chez un spécialiste pour une inspection complète. Bien entendu, la plateforme a été inspectée de fond en comble. Les MOD70 ayant la réputation d'une solidité à toute épreuve, d'avoir été très bien conçus et construits.

Ce retour à la configuration initiale permet de retrouver les équilibres aérodynamiques prévus par les architectes tout en préparant le bateau à sa nouvelle utilisation en solitaire.



Photo : Sean Vernon


Une propulsion électrique pensée pour la performance

La transformation la plus spectaculaire concerne sans doute la disparition complète du moteur diesel, de son arbre d'hélice et de l'hélice. À sa place, Wraith II recevra deux pods électriques orientables développés autour d'un mécanisme de rétraction conçu par l'ingénieur Michael Girard. Leur fonctionnement répond à plusieurs objectifs :


  • Lors des manœuvres portuaires, les deux pods peuvent pivoter afin de diriger précisément la poussée. Cette configuration améliore considérablement la manœuvrabilité d'un trimaran de 70 pieds exploité par une seule personne et facilite les évolutions dans les ports ou les marinas.

  • Une fois en navigation, les deux unités sont totalement relevées hors de l'eau.

  • Cette rétractabilité supprime toute traînée hydrodynamique susceptible de pénaliser les performances sous voile, un point essentiel pour un bateau capable de dépasser régulièrement les 40 nœuds.

  • Les pods sont conçus comme des ensembles "plug-and-play" qui seront directement stratifiés dans la structure du bateau lors de leur installation.




Sean Vernon a retenu une solution rarement utilisée sur un trimaran océanique de cette taille : deux pods électriques entièrement orientables et rétractables.

Contrairement à une ligne d'arbre classique, chaque pod peut pivoter afin d'orienter la poussée sur 360 °. Cette configuration offre un gain considérable lors des manœuvres de port. Sur un MOD70 de 70 pieds conçu à l'origine pour être manœuvré par six à huit équipiers, cette capacité à diriger indépendamment la propulsion transforme la façon d'accoster ou d'évoluer dans un espace restreint. Pour un skipper solitaire, le contrôle du bateau devient nettement plus précis et plus sécurisant.

L'autre innovation majeure réside dans leur rétractabilité. Dès que le trimaran navigue sous voile, les deux pods sont entièrement relevés hors de l'eau. Aucun appendice ne reste immergé, ce qui supprime pratiquement toute traînée hydrodynamique liée au système de propulsion. Sur un bateau capable de dépasser les 40 nœuds, chaque fraction de nœud gagnée est déterminante, et cette caractéristique permet de préserver les performances d'origine du MOD70.

Les pods sont intégrés dans une architecture spécifiquement développée par l'ingénieur naval

Michael Girard. Le mécanisme de relevage est conçu

comme un ensemble structurel en composites directement stratifié dans le bateau. Cette approche permet de conserver la rigidité de la plateforme tout en limitant la prise de poids.

L'ensemble est également pensé pour faciliter la maintenance. Les unités motrices sont conçues selon une logique « plug-and-play », permettant leur remplacement ou leur intervention sans remettre en cause la structure principale du trimaran.

L'alimentation électrique provient exclusivement du parc de batteries embarqué. Celui-ci est rechargé grâce au réseau de panneaux solaires intégrés au cockpit, à la plateforme et au déflecteur arrière, complété par des générateurs éoliens. Les moteurs servent essentiellement aux manœuvres portuaires, aux entrées et sorties de mouillage ou aux situations de sécurité, l'objectif du projet restant de naviguer sous voile dès que les conditions le permettent.

Au-delà du remplacement d'un moteur thermique par une propulsion électrique, cette solution répond à trois objectifs complémentaires : supprimer définitivement les émissions liées aux manœuvres, améliorer la manœuvrabilité d'un trimaran exploité en solitaire et conserver intact le potentiel de vitesse d'un bateau conçu pour la compétition de très haut niveau.



Une autonomie énergétique totale

Le remplacement du moteur thermique ne constitue qu'une partie de la transformation. L'ensemble du bateau est repensé afin de fonctionner exclusivement grâce aux énergies renouvelables. Un vaste réseau de panneaux solaires sera directement intégré au cockpit, à la plateforme ainsi qu'au nouveau déflecteur installé sur le bras arrière.

Cette production sera complétée par des générateurs éoliens permettant de maintenir une alimentation électrique permanente quelles que soient les conditions météorologiques. L'objectif est d'assurer l'autonomie complète du trimaran.


Image : Michael Girard - Team Wraith II
Image : Michael Girard - Team Wraith II

La propulsion, les instruments de navigation, le pilote automatique, les systèmes de communication et l'ensemble des besoins électriques du bord fonctionneront sans recours à une énergie fossile. Le choix définitif des panneaux solaires dépend encore de la finalisation des partenariats technologiques actuellement recherchés par l'équipe.


Une architecture énergétique modulable

Contrairement à la plupart des conversions électriques, le Wraith II ne cherche pas à embarquer une capacité maximale de batteries. Le principe retenu repose sur une architecture modulaire. En configuration course, le trimaran n'embarque que la capacité minimale indispensable au fonctionnement des systèmes de bord. En revanche, lorsqu'il est utilisé pour des expéditions scientifiques ou de longues navigations, des modules de batteries supplémentaires peuvent être installés afin d'augmenter l'autonomie énergétique. Une fois la mission terminée, ces batteries sont retirées afin que le bateau retrouve immédiatement son déplacement de compétition.


Cette logique modulaire concerne également les équipements de vie. La cuisine compacte, les toilettes marines en carbone ou encore le guindeau électrique peuvent être installés pour les expéditions puis retirés lorsque le bateau retrouve une configuration exclusivement dédiée à la performance.


L'eau douce devient un élément de performance

L'une des innovations les plus originales du projet, sans aucun doute, concerne l'utilisation de l'eau potable à bord. Le ballast avant existant est conservé et un nouveau est installé à l'arrière. Ces deux compartiments servent simultanément au stockage de l'eau douce et au réglage de l'assiette du trimaran. Le skipper peut ainsi transférer l'eau entre les deux réservoirs selon les allures afin d'optimiser les performances au près comme au portant. À mesure que cette eau est consommée, le déplacement global du bateau diminue naturellement. Chaque kilogramme embarqué remplit ainsi plusieurs fonctions.

Ce système présente également un autre avantage : il permet de se passer d'un déstabilisateur conventionnel, supprimant ainsi un équipement lourd, consommateur d'énergie et nécessitant de la maintenance.


Un cockpit entièrement repensé pour le solitaire

La transformation la plus visible concernera le nouveau poste de commande. Le cockpit d'origine complètement ouvert, sans protection en dehors de la petite casquette, pensé pour accueillir un équipage nombreux à la manœuvre sur les colonnes de winches, laissera place à une grande casquette fermé particulièrement légère.

Ce poste de pilotage réunira l'ensemble des commandes du bateau : barre, réglages de voiles, électronique de navigation, routage météo, pilote automatique et systèmes de contrôle. Le skipper pourra ainsi effectuer l'essentiel des manœuvres sans quitter son siège. A l'image de ce qui se pratique sur les Ultim', les Ocean Fifty. À l'intérieur de cette cellule de vie, un espace en U fera également office de station de navigation, de poste de veille et de couchette de mer.

Cette organisation réduit fortement la fatigue du marin, en limitant son exposition permanente au vent, aux embruns et aux intempéries. Tout en ayant, grâce aux différentes fenêtre, une vision sur le plan d'eau, sur le réglage des voiles et la plateforme. L'objectif est de permettre à une seule personne de maintenir un niveau de performance élevé durant plusieurs semaines de navigation océanique.


Images : Michael Girard - Team Wraith II


Michael Girard, l'homme derrière la transformation

La conception technique du projet est pilotée par l'ingénieur naval Michael Girard. Habitué aux programmes IMOCA60, à l'America's Cup et au circuit SailGP, il est responsable de l'ensemble de la modélisation 3D, des plans de construction et de l'intégration des nouveaux systèmes.

Il supervise notamment la conception des mécanismes de rétraction des pods électriques ainsi que l'ensemble des évolutions structurelles nécessaires à la transformation du MOD70.

Son expérience des composites de très haut niveau constitue un élément déterminant dans la réussite du projet.


Un chantier qui progresse

Si de nombreux travaux ont déjà été réalisés, L'équipe de Quayside Boatyard est prête à lancer la construction du nouveau cockpit et du déflecteur arrière qui recevra une partie des panneaux solaires. Pendant ce temps, Sean Vernon finalise plusieurs partenariats technologiques concernant les matériaux composites et les solutions photovoltaïques.

Cette période est également mise à profit pour renforcer le financement du projet et poursuivre la recherche de sponsors et partenaires prêt à s'engager sur ce projet ambitieux.


Une plateforme de records mais aussi de recherche

Au-delà des performances sportives, Wraith II remplira également une mission scientifique. Entre deux campagnes de records et ou courses, le trimaran servira de plateforme aux actions d'Offshore Allies dans les domaines de la recherche marine, de la protection des océans, de l'éducation et du développement des technologies durables. Cette double vocation constitue l'un des aspects les plus originaux du projet. Le bateau pourra ainsi alterner entre une configuration ultra légère destinée à battre des records et s'aligner au départ de courses tout en mettant en avant les actions d'Offshore Allies, mais aussi une configuration davantage tournée vers les expéditions océaniques. Le tout sans nouvelle construction ; mais en transformant l'existant pour le rendre plus efficient.


Une campagne mondiale déjà programmée

Une fois le refit achevé, Sean Vernon prévoit une campagne internationale de plusieurs années. Les premières grandes cibles concernent le record Yokohama - San Francisco en solitaire, détenu depuis 1996 par Steve Fossett sur l'ORMA60 Lakota (Pierre 1er), en 20 jours 9 h 52 min ainsi que la Transpac entre San Francisco et Hawaï.

D'autres tentatives de records et des participations à des compétitions sont également envisagées dans les Caraïbes, en Europe, en Asie, en Océanie et sur le continent américain.

Après avoir déjà établi un nouveau record en solitaire entre Los Angeles et Tahiti avant même le début de cette transformation, le skipper souhaite désormais démontrer qu'un trimaran de Grand Prix peut conjuguer vitesse, autonomie énergétique et navigation sans émission.


En transformant un MOD70 conçu pour huit équipiers en une plateforme de records exploitée par un seul marin, entièrement alimentée par des énergies renouvelables, le chantier de Wraith II constitue aujourd'hui l'un des projets les plus innovants de la course au large, dans une démarche de réemploi. Plus qu'un simple refit, il pourrait ouvrir une nouvelle voie dans l'évolution des grands multicoques océaniques, où la recherche de la performance ne serait plus incompatible avec la réduction de l'empreinte environnementale.



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