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Route du Rhum 2026 les MOD70 hors jeu

Ultim Boat

25 févr. 2026

Ils font pourtant partis de l'histoire de la course 8/10

L’édition 2026 de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe marque un tournant réglementaire majeur pour les multicoques dits « historiques ». En introduisant une nouvelle Annexe 3 à l’avis de course (cf en bas de page), l’organisateur OC Sport Pen Duick redéfinit profondément les conditions d’accès à la catégorie dite "Multi Vintage", pour cette édition.

Officiellement, l’objectif est double : préserver le patrimoine de la course et encourager une construction plus respectueuse de l’environnement. Mais ce dispositif a pour conséquence — volontaire ou non — d’exclure toute la génération des trimarans MOD70, pourtant aujourd’hui parmi les multicoques océaniques les plus actifs.


Retour détaillé sur un texte réglementaire


Une frontière temporelle devenue structurante : 31 décembre 2010

L’Annexe 3 introduit un principe simple dans sa forme, mais lourd de conséquences : la date de mise à l’eau d’un bateau devient le critère d’entrée principal.


Deux régimes sont désormais distingués :


  • Voiliers mis à l’eau jusqu’au 31 décembre 2010 inclus : admis automatiquement en catégorie Vintage, sous réserve qu’ils n’aient pas subi de modifications dépassant 50 % de leur masse initiale.

  • Voiliers mis à l’eau entre 2011 et 2024 : soumis à des critères stricts d’éco-conception et de sélection technique.


Ce seuil agit comme une véritable clause dite de « grand-père » : les bateaux anciens sont protégés au nom de leur statut patrimonial, tandis que les unités plus récentes doivent désormais démontrer leur compatibilité avec de nouvelles exigences environnementales. Mais cela rétroactivement !

Dans les faits, cette date devient le pivot autour duquel s’organise toute la catégorie Multi Vintage.


Premier objectif affiché : introduire l’éco-conception dans la course au large

L’organisation justifie cette évolution par une volonté d’intégrer les enjeux environnementaux dans les choix de construction. Limiter l’impact des constructions modernes.


Les multicoques modernes reposent massivement sur :

  • fibres de carbone,

  • aramide,

  • âmes en nid d’abeille type Nomex,

  • procédés industriels nécessitant cuisson et post-cuisson à haute température.


Ces méthodes permettent des gains de performance considérables, mais génèrent aussi un coût environnemental important lors de la fabrication. Mais ce procédé était déjà celui en place pour les ORMA60.


L’Annexe 3 impose donc, pour les bateaux postérieurs à 2010 :


  • une limitation drastique de l’usage des matériaux composites hautes performances,

  • l’interdiction de procédés nécessitant une cuisson ou post-cuisson au-delà de 50 °C,

  • des critères visant à favoriser des méthodes alternatives moins énergivores.


Pour l’organisateur, 2011 marque ainsi l’entrée dans une ère où un bateau récent doit prouver sa responsabilité environnementale pour être admis. Ce qui permet de faire courir dans cette catégorie Multi Vintage, un catamaran comme We Explore, mis à l'eau en 2022, signé VPLP et de 18.28 mètres de long. (Construit en Fibre de verre, pour les coques et en lin pour le pont et les aménagements intérieurs).


Deuxième pilier : protéger le patrimoine de la Route du Rhum

L’autre justification officielle concerne la dimension historique de l’épreuve. Les catégories Vintage visent à faire revenir sur la ligne de départ des bateaux ayant marqué l’histoire de la course, notamment :


  • les anciens ORMA 60,

  • des unités emblématiques des années 1990-2000,

  • des multicoques associés à de grands noms de la discipline.


Exiger de ces bateaux historiques qu’ils respectent des normes d’éco-conception modernes reviendrait souvent à les dénaturer techniquement, voire à les rendre inexploitables. La règle permet donc leur retour sans contrainte technique lourde, tant que leur structure d’origine reste majoritairement intacte. Ce qui ne pose pas de problème, le carbone vieillissant très bien. En dehors de la structure, tout peut être refait : Circuit électrique, hydraulique, tout se qui touche à la sécurité, car à l'exemple des ORMA60, il y a des lustres qu'ils ne naviguent plus, en tout cas pour ceux qui navigue encore à l'exception de Sensation Ocean, ils ne sont pas en capacité d'être menés à haut rendement lors d'une course transatlantique. Alors que la plus part des MOD70 sont en capacité de navigué sur le bon tempo sans gros chantier, puisqu'ils sont régulièrement engagés en course !


Troisième enjeu : homogénéité et sécurité de la flotte

L’Annexe 3 vise également à éviter des écarts de performance trop importants au sein de la flotte.

Le système de sélection cherche à :


  • garantir que les couples bateau/skipper puissent rallier la Guadeloupe dans les temps impartis,

  • maintenir une cohérence sportive,

  • limiter l’écart entre unités historiques et machines ultra-optimisées.


L’intention affichée : éviter qu’une catégorie Vintage ne devienne un affrontement déséquilibré entre anciens prototypes et machines modernes radicalement plus rapides.


Ici encore, il suffit de regarder les courses de l'an derniers, sur lesquelles il y a eu confrontation entre MOD70 et ORMA60. Et pourtant les budgets n'étaient sans commune mesure entre les équipages d'Argo et Zoulou face à Oceans le trimaran de Francis Joyon. L'écart à l'arrivée est insignifiant et le sera encore moins en solitaire.


Pourquoi les MOD70 deviennent quasiment inéligibles

C’est ici que la controverse commence réellement. Tous les trimarans MOD70 ont été mis à l’eau après janvier 2011. Ils basculent donc automatiquement dans le régime restrictif de l’Annexe 3. Or, ils ne satisfont pratiquement aucun des critères exigés, pour pouvoir participer en respectant trois des conditions suivantes :


1. Une série trop courte

L’Annexe impose que les bateaux récents proviennent de moules ayant servi à produire au moins 10 unités.

La série MOD70 n’en compte que sept. Critère éliminatoire immédiat. Il n'existe pas de série de 10 unités en multicoque de course.

2. Des bateaux construits entièrement en carbone/Nomex

Le règlement limite l’usage des matériaux composites haut de gamme à 10 % du déplacement lège.

Or les MOD70 sont construits presque intégralement en carbone et Nomex pour atteindre environ 6,3 tonnes seulement. Ils dépassent largement le seuil autorisé. Ce qui est aussi le cas du Gitana 11, qui lui pourtant pourrait être au départ si son propriétaire actuel avait trouver les fonds nécessaires pour être sur la ligne de départ !

3. L’interdiction des foils

L’Annexe interdit tout appendice permettant de générer un soulèvement ou un moment de redressement. :


  • foils en L,

  • safrans porteurs,

  • configurations semi-volantes.


Ces systèmes sont désormais incompatibles avec la catégorie. Mais les trois dans cette configuration actuellement sont Argo, Zoulou et Maserati (en vente). Et leur programme sont exclusivement des programmes en équipage. De plus Gitana 11 et les ORMA60 sont dotés de foils, pour certains de ces derniers de foils en "C".

4. Procédés industriels prohibés

La construction des MOD70 repose sur des procédés de cuisson haute température, désormais interdits pour les nouveaux entrants.


Résultat : même profondément modifiés, les MOD70 ne peuvent satisfaire suffisamment de critères pour être éligibles.


L’exemple révélateur : Gitana 11 admis, MOD70 exclus


La situation devient plus délicate lorsque l’on compare certains bateaux.

Gitana 11, construit en carbone/Nomex et extrêmement performant, il a même participé au circuit des MOD70 avant que l'écurie aux cinq branches puisse disposer de l'exemplaire 4 des MOD70 et se montraient même plus performant. Mais ce bateau est quand même admis en Vintage Multi !

Pourquoi ?

Parce que sa transformation majeure, construction de trois nouvelles coques et assemblage avec les bras de l'ORMA60 ex Belgacom, date de 2009, soit avant le couperet réglementaire. Il bénéficie donc de la clause d’antériorité.

À l’inverse, des unités techniquement comparables, mais mises à l’eau après 2010, tombent sous les règles restrictives. Le cas du MAXI80 Prince de Bretagne, mis à l’eau en 2012, illustre parfaitement cette différence de traitement. Trois années d’écart entraînent une différence réglementaire radicale. Pourtant, même procédé, construction de trois nouvelles coques et assemblage avec les bras de l'ORMA60 Sodebo. Bon il n'est pas question aujourd'hui qu'il participe à la Route du Rhum 2026. Mais cela démontre l'incohérence de l'annexe 3.


La tentative de retour des MOD70 : le cas Wraith 2

Certains projets tentent malgré tout de revenir dans le jeu. Le trimaran Wraith 2 (ex- Foncia/Phaedo3/Beau Geste/Snowflake), espère être au départ de la Route du Rhum 2026. Le trimaran a récupéré ses safrans et foils d'origine et son mât va être raccourcie dans un chantier en Nouvelle Zélande. Avant de poursuivre son tour du Monde et revenir en Bretagne. Alors pourquoi empêcher son skipper américain d'être au départ en catégorie Multi Vintage. Un autre projet est en cours de constitution sur un autre MOD70. Sans parler de la réflexion d'Alexia Barrier (Article Voiles & Voiliers du 24/2/26), de s'engager sur Limosa, le MOD70 actuellement à Brest. Ces trimarans font partie de l'histoire de la Route du Rhum. Trois d'entre eux ont déjà participé à la célèbre transatlantique en solitaire. L'un d'eux est même monté sur le podium !

Mais même dans cette configuration d'origine, les MOD70 ne respectent pas les critères de série ou de matériaux. La seule voie possible reste donc une invitation exceptionnelle de la part de l'organisateur.


Les invitations : soupape réglementaire ou solution politique ?

L’organisateur conserve en effet la possibilité d’accorder des wildcards. Celles-ci peuvent concerner :


  • des projets liés à l’histoire de la course. On l'a vu un peu plus haut, un podium peut être considéré comme lié à l'histoire de la course.

  • des initiatives territoriales. Pourquoi ne pas mettre le territoire sur le plan de l'internationalisation, avec la présence d'un skipper américain en multicoque.

  • des bateaux emblématiques. Un MOD70 est un bateau emblématique.


C’est la porte d’entrée potentielle pour certains MOD70. Mais cette solution reste discrétionnaire et incertaine, ce qui ne facilite pas le montage d'un projet, la recherche de partenaires.


Un débat désormais ouvert

Sur le plan juridique, l’Annexe 3 est cohérente : elle vise explicitement patrimoine, écologie et sécurité. Sur le plan sportif, elle redessine pourtant profondément la flotte admissible. Et dans les faits, elle place toute une génération de multicoques modernes — dont les MOD70 — dans une zone grise, entre exclusion réglementaire et admission exceptionnelle.

La Route du Rhum 2026 pourrait ainsi devenir la première édition où les multicoques historiques retrouvent le devant de la scène… tandis que certaines des machines les plus spectaculaires des quinze dernières années pourraient rester à quai.

La question reste désormais ouverte : la catégorie Multi Vintage doit-elle préserver l’histoire… ou accepter que l’histoire, un peu plus récente, en fasse déjà partie ?


Quelques repères






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