The Transat 2016

 

La fameuse transat Anglaise, ex OSTAR, Europe 1 Star, Newman Star  et bien d’autres encore, la plus vieille des transats, renaît. Course remportée par les plus grands,  Francis Chichester, Phil Weld, Eric Tabarly, Loïck Peyron, Alain Colas, Michel Desjoyaux, Yvon Fauconnier, Philippe Poupon, Francis Joyon. Rien que ça ! Eric Tabarly et cette transat sont sans aucun doute à l’origine de ce qu’est aujourd’hui, la course au large Française. Loïck Peyron, vainqueur à trois reprises et recordman, repart cette année à la barre de Pen-Duick II, le bateau vainqueur de l’édition de 1964. Sans aucune prétention, mais pour boucler une boucle, comme il devrait le faire sur la prochaine Route du Rhum, à bord du sister-ship d’Olympus, le bateau vainqueur à Pointe à Pitre aux mains de Mike Birch en 1978.

OC Sport/Pen Duick relance cette doyenne, endormie pendant 8 ans, avec un retour aux origines Plymouth en port de départ et New-York de l’autre côté de l’Atlantique nord. Un slogan identique « un homme, un bateau, un océan ». Mais avec seulement 25 concurrents sur la ligne de départ, le plus gros de la flotte étant constituée par les Class40, elle n’a pas encore retrouvé son lustre passé.

 

Cinq UltimTeam sur la ligne de départ, trois en classe Ultime et deux en IMOCA60 en pleine préparation du prochain Vendée Globe. Des foils sur tous ces bateaux, aussi bien du côté des multicoques, que de celui des monocoques. En IMOCA60, cette traversée de l’Atlantique à cette époque de l’année et dans le sens Est/Ouest, sera très intéressante pour les nouveaux bateaux à foils que sont Gitana 16 et Banque Populaire 8. Ce dernier sera cependant pas dans sa dernière version, car l’équipe d’Armel Le Cléac’h est revenue à la version 1 des foils après avoir cassé un foil de la version 2 lors d’une séance d’entraînement.  Ils seront opposés, à ce qui se fait de mieux du côté des bateaux sans foils, à savoir PRB et SMA. St Michel/Virbac sera handicapé car sans foil tribord.

Trois ultimes sur la ligne, le dernier né Macif, fiabilisé, optimisé et enfin doté de son deuxième foil en « L ». Sodebo, allégé et optimisé, doté de foils en « L » et de safrans avec plans porteurs cet hiver. Enfin Actual, simplifié et allégé. Thomas Coville à l’avantage de ce type de navigation en solitaire sur ces géants des mers, mais François Gabart semble emmagasiner l’expérience à haute vitesse.

 

Quelques chiffres :

 

14ème édition de la Transat Anglaise.

 

Record de l'épreuve en multicoques : Michel Desjoyeaux sur Géant (ORMA60) en 8 j 8 h et 29 min sur le trajet Plymouth-Boston en 2004.

 

Record man du nombre de victoire : Loïck Peyron, 2 en multicoque (Fujicolor 1992 - 1996) et 1 en monocoque (Gitana Eighty en 2008).

 

25 skippers au départ.

 

3050 milles entre le départ et l'arrivée. 

 

Pour suivre la course :

 

La page fb et le twiter d'Ultim Boat.

 

Les liens utiles : The Transat - Sodebo Ultim' - Macif Ultim' - Actual Ultim'

 

Sodebo Ultim’ Après sa 2ème place sur la Jacques Vabre, Thomas Coville et son équipe, ont continué d’optimiser leur trimaran. 2ème de la dernière édition, 2 h derrière Michel Desjoyeux, la revanche est arrivée. Installation de foils en « L » sur les deux flotteurs et de safrans avec des plans porteurs, pour soulager le trimaran et le rendre plus aérien. Une nouvelle dérive plus légère a pris la place de l’ancienne qui datait de Geronimo. Reste de cette époque Kersauson les bras et les ¾ des flotteurs. Sans doute la prochaine évolution tant le gain en poids sera important, sans parler des formes… Il ne faut pas oublier, un pilote automatique made in Team Sodebo, un petit plus en solitaire. Alors une première grosse victoire pour Thomas Coville et son fidèle partenaire ?

Macif Ultim’ : Optimisation dans tous les domaines, le maître mot du team, normal avec un bateau qui n’a que 9 mois. Cet hiver, la « cabane » a été agrandie et peut être entièrement fermée. Ce qui permet au skipper, surtout en solitaire d’être totalement à l’abri pour manœuvrer et barrer. La cellule de vie a été optimisée pour plus de confort avec notamment un siège moulé pour son skipper. La Transat bakerly en solitaire, sera une grande première pour François Gabart. Et comme se plaît à le dire Loïck Peyron : « C’est vraiment un exercice particulier ».

Actual Ultim’ : Fiabilisation, mise à jour de l’électronique, simplification et donc allègement du bateau. C’est ce qui était au programme du team Actual cet hiver. Le mât est fixe pour cette transat sur à la casse d’un des vérins sur la Jacques vabre, près de 500 kg de gagné. Tout a été révisé. Mais un problème sur une cloison dans un flotteur a immobilisé le trimaran beaucoup plus longtemps que prévu. Ce qui a engendré un retard sur la remise à l’eau et réduit à une peau de chagrin la période d’entraînement d’Yves Le Blévec. Mais le but est de rejoindre New-York pour se faire la main en solitaire sur le géant. Avant des modifications plus importantes l’hiver prochain

Les Concurrents

Départ : Après avoir quittés leurs pontons en fin de matinée, les trois ultimes ont pris la direction du break water devant Plymouth pour attendre le coup de canon. A dix minutes de ce dernier, les équipiers ont commencé à quitter le bord, laissant seul les skippers à la manoeuvre.

15 h 30 le coup de canon retentissait, libérant du même coup la flotte des concurrents de The Transat. Le premier à passer la ligne était le MULTI50 FenêtreACardinal, suivit de près par Sodebo Ultim', Macif Ultim' et Actual Ultim'.

 

Très rapidement, François Gabart mettait le turbo, filant à plus de 30 noeuds et prenait la tête de la flotte suivit à 27 noeuds par Thomas Coville et son Sodebo. Yves Le Blévec, moins toilé sur Actual, restait en retrait. La bataille est donc lancée.

2 h 30 après le départ Macif rentrait dans le chenal descendant de la Manche à plus de 30 noeuds, avec 4 milles d'avance sur Sodebo et plus de 15 milles sur Actual Ultim'.

 

La decision de partir au Sud, ou de monter au Nord, sera prise dans la nuit...

J 1 : Une première nuit simple, faire du sud et encore du sud dans le Golf de Gascogne. Le seul problème le trafic extrêmement présent dans cette zone. Ce matin, Macif et Sodebo ont empanné plein ouest à la hauteur de Bordeaux, pour contourner une dépression en place sur le Cap Finisère. Avant sans doute de replonger au Sud, pour profiter des vents portants et éviter la grosse dépression qui arrive au N/O. 

François Gabart prédède Thomas Coville d'une 20ène de milles et en troisième position à 63 milles Actual Ultim' d'Yves Le Blévec.

 

Thomas Coville : "C’était un départ pas forcément facile à exécuter car la ligne était proche du break water et surtout, le départ s’est fait juste après un front. Il fallait faire le bon choix de voile avant de partir. Il y avait beaucoup de choses à anticiper avant ce départ. Je n’avais pas envie de prendre trop de risques. Je voulais faire ça proprement. François était un peu tôt sur la ligne, il a dû faire une petite abattée. On était l’un à côté de l’autre, un peu comme dans les livres. C’était magique. François, qui est un peu plus rapide à cette allure, m’a distancé progressivement mais rien de dramatique... En fait, depuis quelques jours, on voit que la route sud est un peu moins exposée que la route nord. Et surtout pour la fin, avec cette porte des glaces assez sud qui oblige à redescendre si l’on part vers le nord. Cette route sud n’a que des avantages... On était à vue jusqu’à Ouessant avec François, à 5-6 milles l’un de l’autre et on a passé le Fromveur à plus de 30 nœuds."

 

En début d'après midi, une première option différente pour François Gabart qui passe à l'ouest de la zone de DST au large du Cap FInistère, alros que Thomas Coville passe à l'est près de la côte. Les compteurs de vitesses des deux ultimes vont alors s'affoler, avec des pointes à 38-39 noeuds pour Macif Ultim' et 34-36 noeuds pour Sodebo Ultim'. L'avance se réduira en fin de journée entre les deux trimaran passant de 28 milles le matin à moins de 12 milles en fin de journée. Les deux skippers continuant leurs routes au Sud-Ouest.

Pendant ce temps, 140 milles plus nord Yves Le Blévec à bord d'Actual fait sa course, prend la mesure de son trimaran en solitaire et aborde la zone de DST 6 heures après Macif.

 

 

J 2 : Deuxième nuit au large pour les trois ultimes de The Transat. Les deux leaders ont continué d'avancer à la vitesse de la lumière toute la nuit et grâce à un positionnement plus nord, en direction des Açores, Thomas Coville sur Sodebo Ultim' est passé devant Macif et François Gabart.

 

Actual d'Yves Le Blévec fait de l'Ouest, mais 166 milles plus au nord, donc sur une route beaucoup plus courte. On pourrait bien retrouver Yves Le Blévec pas très loin des deux bateaux de tête à l'approche de l'archipel Portugaise.

 

François Gabart, skipper de Macif : "Ça se passe bien. Ça va vite. Il y a 30 nœuds de vent. On va à 34 nœuds. J’ai l’écoute dans les mains et je fais gaffe. Il y a beaucoup de mer. Juste ce qu’il faut pour bien secouer le bateau. On rattrape les vagues et à chaque fois qu’on rattrape les vagues, le bateau tape. Il fait nuit noire ici. Il y a 3 étoiles et pas plus. On se surveille à l’AIS avec Thomas. Ça me rappelle de bons souvenirs. On a que 20 milles d’écart et quand on va à 30 nœuds, cela veut dire 40 minutes c’est à dire presque rien. C’est chouette. Je suis assez content car j’ai trouvé le temps de dormir".

 

Toujours plus Sud pour les leaders, à hauteur de Madère, une route plus typée Route du Rhum, que The Transat. Et c'est pas fini, cette nuit il faudra descendre jusqu'à la hauteur des Canaries pour contourner l'anticyclone des Açores, avant de pouvoir prendre la direction de l'Ouest.

J 3 : Sodebo Ultim' est en tête ce matin, Macif pas très loin et nos deux leaders sont à la hauteur des Canaries ! Sur une route S/SO. Normalement, le contournement de l'anticyclone va se faire dans la journée. Thomas Coville et François Gabart vont commencé à regarder vers New-York. 

 

Cette nuit, Sodebo Ultim', a été  tout proche de battre le record de la plus grande distance parcourue en 24, détenu par Armel Le Cléac'h, avec 682 milles, sur Solo Banque Populaire VII. Thomas Coville a parcouru 673 milles, en étant régulièrement à 40 noeuds et une pointe à 43 noeuds sur un flotteur et le foil qui pousse ce flotteur hors de l'eau !

 

Yves Le Blévec continue d'effectuer sa course, sur une route plus directe et beaucoup plus nord qui lui permet de parcourir moins de milles et du coup de ne pas être vraiment décroché au classement.

 

Cette journée va être capital pour se positionner pour la suite. Les skippers vont devoir énormément manoeuvrer, avec pas mal d'empannage au programme...

 

Yves Le Blevec, skipper d'Actual : "Ça va plutôt pas mal, dans de bonnes conditions de navigation. Je suis plutôt content. J’ai beaucoup de boulot. Nous n’avons pas eu des conditions très dures, mais il y a beaucoup de manoeuvres. Toute la garde robe y est passée. On met toujours un peu de temps à trouver le rythme mais je me sens vraiment en forme. C’est plutôt agréable de naviguer comme ça. On a plus l’impression d’être sur la Route du Rhum que sur The Transat mais ce sont des conditions plutôt agréables. Je suis en train de traverser une petite dorsale, ça va mollir. Il y a peu de vent et mer plate, tout va bien !"

 

Thomas Coville, skipper de Sodebo : "Ça va se compliquer avec beaucoup de manœuvres attendues. Nous sommes en train de descendre du Nord au Sud. Il faut bien doser les empannages. Bien se nourrir et boire avant car les manœuvres en solo sur des bateaux aussi grands, c’est très physique et il faut de l’énergie !"

J 4 : Cette 4ème journée de mer devrait permettre enfin aux deux leaders de pointer leurs étraves vers New-York. Avec plus de 2000 milles parcouru, il en reste encore 2000 ce matin ! (la route la plus directe entre Plymouth et NY fait 3050 milles...)

Pour Yves Le Blévec et Actual, il faudra continuer de descendre et le virage vers New-York se fera qu'en toute fin de journée.

Les conditions sont très clémentes et favorables sur les ultimes, mais le reste de la flotte va devoir faire le dos rond durant les prochaines 24 heures.

 

François Gabart, skipper de Macif : "Ce duel avec Thomas est super. C’est ce qu’on est venu chercher… Mais la transat anglaise, ça n’est plus ce que c’était. Je suis en Croc’s et en short et j’ai abandonné les bottes ! A la taille de l’Atlantique, nos écarts sont ridicules."

 

En début de soirée, Macif qui a pris un avantage de 81 milles sur Sodebo, et en plus sur la même trajectoire, ce qui va permettre à François Gabart de contrôler, pointe enfin ses étraves vers New-York. 

J 5 : De nouveau du Sud dans la route des deux ultimes de tête. L'anticyclone n'en finit pas de s'étendre. Les trois ultimes vont devoir piquer au sud avant de pouvoir, en milieu de journée reprendre une route vers l'Ouest. Macif, est à 900 milles dans le S/E des Bermudes ! Une route rarement vu pour aller à New-York depuis Plymouth. Route rendu possible par la vitesse de ces multicoques. Pendant que François gabart, Thomas Coville et Yves le Blévec sont en short et tee-shirt, avec des trimarans qui glissent sur une mer calme, le reste de la flotte se fait secouer dans 40 noeuds de vents plus au nord.

 

François Gabart, skipper de Macif Ultim' : "Ça va plutôt pas mal. On fait le tour de l’anticyclone, tout simplement. On est pas très loin du centre… C’est assez agréable depuis 48 heures car les conditions sont idéales. On commence à avoir un cap qui va vers New-York : nous sommes enfin sur la route ! Le chemin vers Manhattan n’est pas forcément tout droit, mais on devrait arriver dans la journée de mardi. Je suis encore en Croc’s et en short".

 

A lire l'entretien de Voiles & Voiliers avec Christian Dumard, routeur à terre d'Yves Le Blévec skipper d'Actual Ultim'.

J 6 : François Gabart sur Macif, depuis la fin de journée d'hier creuse petit à petit un écart sur Sodebo Ultim' et Thomas Coville. Cela à la faveur d'un positionnement plus sud, pourtant plus long en route, mais avec plus de vent. En se positionnant sur la route de Sodebo, François Gabart va pouvoir en plus contrôler son adversaire.

Pour autant, tout n'est pas complètement terminé pour Thomas Coville qui accuse à la mi journée 190 milles de retard, toute cette journée va être une journée de glisse à très haute vitesse pour les deux trimarans. Sodebo Ultim' conserve un petit avantage dans ces conditions. En fin de journée derrière le front, il faudra beaucoup manoeuvrer et tirer des bord et l'arrivée sur New-York sera compliquée.

 

De son côté Yves Le Blévec, qui avait repis du terrain hier soir, n'est pas tout à fait sorti de l'anticyclone et se trouve ralenti de nouveau.

 

Les premières ETA donne un vainqueur dans la nuit de mardi à mercredi (HF).

 

Jean Luc Nélias, cellule routage Sodebo Ultim' : "La sortie de l'anticyclone est bien derrière nous, après une fin de journée riche en manœuvres. Nous avons repris de la vitesse au portant, mais le bateau devrait rencontrer le premier front froid en fin d'après-midi, où les conditions seront plus variables et plus difficiles à maîtriser. Nous accusons un peu de retard sur Macif, et la traversée de ces zones perturbées pourrait nous permettre de resserrer les écarts. Notre stratégie est concentrée sur l'optimisation de la trajectoire et la vitesse de Sodebo Ultim' pour essayer de reprendre l'avantage dans les quelques 60 heures qu'il nous reste. Nous allons rencontrer deux autres fronts d'ici New York : tout est encore possible".

 

En fin d'après, au début du 6ème jour de course, Macif passait le front dans une mer désordonnée, avec 35 noeuds de vent et sous une grosse pluie. François Gabart perdait un peu de terrain en ménageant sa monture. Il se retrouvait ensuite dans des vents d'ouest beaucoup plus faibles. Sodebo Ultim', plus à l'Est, restait dans la dépression et en profitait pour naviguer à plus de 30 noeuds, soit plus du double que Macif. Thomas Coville réduisait d'un bonne 30ène de milles l'écart.

A 400 milles du leader Yves le Blévec était de nouveau ralenti . 

 

La suite de la The Transat c'est du près, du vent fort, de la mer croisée, des zones de transition, des calmes, du brouillard, de la pluie et  sans oublier à l'arrivée au large de New-York, le trafic maritime.

J 7 : Des conditions difficile, au près, avec une mer hachée, du vent qui monte, puis des calmes. Des conditions pas forcément faites pour les ultimes, mais plutôt conforme à The Transat.

Macif mène toujours la course, François Gabart a perdu un peu de terrain, mais rien de très significatif à un peu moins de 400 milles de l'arrivée en fin de journée de ce septième jour de mer. 

Yves Le Blévec, pas encore touché par le front et ses caprices, est le plus rapide à plus de 19 noeuds, alors que François Gabart se "traîne" à 3 noeuds.

 

Un revirement de situation semble très peu probable, le reocrd de l'épreuve, bien que sur un distance plus longue cette fois ci, pourrait quand même être à la portée de Macif. Et si la victoire se François Gabart se confirme, il rentrera dans le cercle très, très fermé*, de ceux qui ont remporté le Vendée Globe, la Route du Rhum et la Transat Anglaise et en plus dès sa première participation dans toutes ces épreuves !

 

Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim' : "Sur les dernières heures, on est dans des conditions pas forcément les plus adaptées aux multicoques. Le près dans du vent fort, c’est difficilement maniable surtout quand tu rencontres un front avec une ligne de rafales de vent. Il faut les anticiper et c’est toujours un peu stressant. A terre, on ne se rend pas vraiment compte à quel point c’est physique sur ces bateaux ! J’ai dû aussi renvoyer le 1er ris dans la grand-voile. C’est un gros exercice et c’est très engageant. Finalement, je m’en suis sorti tout seul comme un grand. C’est pour moi une petite satisfaction et je me dis que, quand même, il faut avoir « la caisse » ! Quand tu es un compétiteur, tu joues pour la gagne. On fait un beau duel depuis une semaine avec François. Il reste encore un front à passer, il faut être prudent, faire attention au bateau, surtout ne rien casser. Une petite erreur peut vite arriver. Dans la nuit dernière, c’était un peu la folle cavalcade, et on est revenu sur Macif… Il peut encore se passer des choses, alors je ne veux rien lâcher, ce n’est pas le moment !".

 

*Seul Michel Desjoyeaux la déjà fait.

J 8 : Une journée sans fin pour les skippers des trois ultimes qui alternent les périodes avec vent et des périodes sans Eole. 

 

Ce matin, Macif était à 265 milles de New-York, avec 65 milles d'avance sur Thomas Coville, et près de 400 milles sur Actual d'Yves Le Blévec. Tout au long de la journée, les écarts ont fait le yoyo en fonction des conditions rencontrées.

 

En début de soirée, Macif pointait ses étraves à 65 milles de l'arrivée à 7 noeuds, avec 80 milles d'avance sur Sodebo Ultim' à 12 noeuds.

 

A lire : François Gabart, les raisons du succès 

 

 

Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim’ : "C’est très, très compliqué, et cela l’a été toute la nuit. Je pense que pour nos deux bateaux, cela n’a pas été simple du tout et cela va continuer comme jusqu’au bout avec beaucoup de manœuvres, des trajectoires pas faciles, pas forcément évidentes à réaliser avec nos bateaux. C’est intéressant jusqu’au bout ! On a fait un début qui ressemble plus à Cadix- San Salvador (Route de la Découverte, ndlr). Mais on finit dans du près, dans des conditions qui ressemblent plus à The Transat bakerly. D’ailleurs, ça s’est clairement refroidi depuis ce matin, tout comme la température de l’eau. Et là il faut encore mettre beaucoup d’énergie pour faire les dernières grosses manœuvres avec nos grosses voiles. Jusqu’au bout, on peut se faire engluer longtemps. New York, c’est vraiment au fond d’une grande baie. Géographiquement, c’est un endroit très enclavé, ça peut rester très mou pendant des heures et revenir d’un endroit improbable d’une façon qu’on imagine même pas !".

 

François Gabart, skipper de Macif : "Je suis fatigué, mais je fais une super course jusque là. Ca devrait bien se passer. J'apprends des choses tous les ans. C'est une course super dur. Une course comme ça ce n'est pas rien, surtout sur ce type de bateau. Dans l'engagement j'arrive à en mettre un peu plus à chaque course. Il faut faire beaucoup d'efforts sur le bateau. Je suis cramé. Ca va mieux que ce matin ou hier soir. Physiquement, je suis pas capable d'en faire deux dans l'année des courses comme ça. Faut faire attention on approche des côtes. Le risque en arrivant, ça va être les cochonneries dans l'eau et surtout de ne pas rencontrer des pêcheurs ou des cargos".

Arrivée : François Gabart sur Macif remporte l'édition 2016 de The Transat, en franchissant la ligne d'arrivée au phare d'Ambrose à 00 h 24 min et 39 sec en France.

 

Temps sur la traversée entre Plymouth et New-York 8 j 8 h 54 min et 39 sec. Pour parcourir 4643 milles, à une moyenne de 23.11 noeuds.

 

François Gabart est heureux mais fatigué.

 

Françopis Gabart, skipper de Macif : "Mes premières impressions sont super bonnes, parce que c’est ma première transatlantique en solitaire ! Et le passage au solo, ce n’est pas rien : c’est un peu magique. Je suis vraiment content de ce que j’ai fait : le bateau a un potentiel extraordinaire et les sensations à bord sont incroyables. Il faut se donner à 100% parce qu’il n’y a pas le choix : sur ces machines-là, il y a tellement de choses à faire ! Et à découvrir : c’est super excitant… Comparé à d’autres courses, le moment le plus dur fut celui où il a fallu traverser la dorsale, juste cet après-midi. Parce qu’on ne sait jamais trop comment ça va se passer. Ces bateaux vont tellement vite qu’en quelques heures, on peut perdre une trentaine de milles ! Ça va vite, ça va super vite ! Il y en a eu un paquet de moments difficiles : c’est aussi ce qu’on va chercher, mais c’est bon, agréable, enrichissant. L’effort physique est à la base dur, long, exigeant et plus on essaye de le faire bien, plus c’est sollicitant ! Sur cette course, il y a deux aspects : le physique avec ces heures sans fin où on tourne les manivelles, et le mental pour gérer un bateau qui fait trente mètres et qui va à 35 nœuds pas loin de la moitié du temps… Mais il y a des moments magiques comme ce matin, sur mer plate, avant d’arriver dans cette zone sans vent : Macif était à plus de 35 nœuds sous pilote, en équilibre au dessus de l’eau, quasiment en vol ! Quelles sensations de glisse… Je ne me suis pas fait peur, mais il y a des moments où j’ai senti qu’il n’en fallait pas plus. J’étais à la limite. La bataille avec Thomas (Coville) a été super : cela fait des années qu’on travaille pour qu’il y ait des courses avec ces bateaux-là et aujourd’hui, on régate après la Route du Rhum, après la Transat Jacques Vabre… et on voit que le match est intense. Et qu’est-ce qu’on apprend ! Quel bateau ! Il n’y a pas le choix : il faut se dépasser, aller chercher au fond de soi des choses dont on ne se croyait pas capable. Et à chaque fois, on pousse le bouchon plus loin : comment arrive-t-on à dormir quand le bateau file à 35 nœuds ? Je ne savais pas que j’en étais capable… C’est quand même unique de traverser l’Atlantique aussi vite sur un trimaran ! Ce n’est pas facile, mais quel bonheur même si je ne recommencerais pas tout le temps. C’est épuisant… Je ne suis jamais allé aussi loin en terme de fatigue : je suis totalement cramé. J’ai pu un peu me reposer, mais hier je ne savais plus où j’habitais : j’ai même eu des hallucinations. Et sur ces bateaux-là, on n’a pas le droit de partir en vrille. Heureusement, j’avais déjà vécu ça en Figaro et cela m’a permis de me recadrer. Mais les bateaux vont tellement vite qu’on n’a pas vraiment de pauses. Le retour en mode record de la traversée de l’Atlantique en solitaire est toujours d’actualité, mais laissez-moi un peu de temps pour récupérer ! Je pense que le stand-by débutera début juin. Mais ce n’est pas le même format, le même engagement : sur un record, c’est d’abord plus court, plus simple en termes de manœuvres. Là sur The Transat bakerly, on en a fait des manœuvres, des empannages, des virements, des changements de voile, des prises de ris ! Sur un record, le jeu est différent : il y a moins d’engagement physique mais plus de stress des hautes vitesses en permanence…"

 

ITW Voiles & Voiliers, retour sur la course, les problèmes techniques, les foils et leurs utilisations, les progrès à venir.

Photo : Team Macif

9 heures après le vainqueur, Thomas Coville à la barre de Sodebo Ultim' coupait la ligne d'arrivée de The Transat en deuxième position et ça pour la deuxième fois ! Une option au plus près de l'anticyclone qui aura peut-être couté la course ? 

 

Thomas Coville, voulait cette victoire, mais félicitait François Gabart pour sa très belle victoire et pour la bataille qui avait été livré pendant cette transat. Il regraitait que les conditions météos, n'est pas été plus conforme à la tratition, avec du près, sans doute plus favorable à son trimaran.

 

Thomas Coville, à la barre de Sodebo Ultim' à franchit la ligne d'arrivée peu après 10 h  ce matin, après 8 jours, 18 h et 32 min. Il aura parcouru 4656 milles, à la moyenne de 22.11 noeuds (soit 1 noeuds de moins que Macif pour 10 milles de plus).

 

Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim' : "On a rêvé de bagarre comme celle-là en multicoque, et bien ça y est ! Il a fallu oser et félicitations au Collectif Ultime qui a su prendre les bonnes décisions, et aujourd’hui cela prend vie. Des batailles au contact avec des bateaux de trente mètres, qui réduisent les distances avec un temps de course d’une semaine pour traverser l’Atlantique en solitaire, cela donne des ailes pour une course autour du monde en solo… Une nouvelle histoire s’écrit. Et de l’intérieur, c’est exceptionnel à vivre, un plaisir immense de se bagarrer face à des athlètes comme François. Et je félicite ce grand vainqueur, ce très grand vainqueur qui nous avait déjà battu lors de la Transat Jacques Vabre en double. Sur un schéma météo qui n’était pas celui que nous attendions et qui ressemblait à la Transat Jacques Vabre, François (Gabart) a réédité : il a su avoir la maîtrise tout de suite en solitaire… Je suis évidemment déçu parce que j’avais envie de gagner, mais je ne suis pas déçu de la bagarre, de ce que j’ai mis comme énergie et comme accomplissement dans ce que j’ai fait. Je ne suis pas déçu de la trajectoire que nous avons suivie avec Jean-Luc Nélias et Sam Davies (routeurs à terre). Je peux juste regretter que Sodebo soit un bateau un peu plus lourd, un peu plus puissant que Macif : The Transat bakerly était sensée être une course de près, contre les vents dominants ! Et cette année, il a fallu faire une route Sud… François est dans le bon timing : lui et son équipe ont une bonne projection de ce que va être leur objectif à deux, trois, quatre ans. Il faut tout de même imaginer, concevoir, réaliser et mettre au point des engins de trente mètres ! François est très bien entouré, mais moi aussi chez Sodebo ! Le bateau est arrivé à New-York en parfait état et ça, c’est le team qui a réalisé cette superbe préparation. L’aspect technologique est essentiel parce que ce type de programme n’aurait pas été envisageable il y a seulement quatre ans. On n’a pas beaucoup dormi : ce ne sont pas des bateaux reposants ! Mais je ne suis pas fracassé et je suis assez content de mon état physique à l’arrivée. Ce qui ne veut pas dire que je ne me suis pas donné… Notre trajectoire a imposé plus de manœuvres que sur Macif et Jean-Luc (Nélias) est très exigeant : il m’a poussé dans mes derniers retranchements physiques et j’adore ça ! C’était assez atypique dès le départ et l’image qui me revient, c’est le passage du cap Finisterre à l’intérieur du DST : il y avait 35 nœuds de vent avec une grosse mer et il a fallu empanner… Macif avait déjà douze milles d’avance à Ouessant et il fallait bien tenter un coup pour le rattraper ! Et on a recollé. Mais quelles images, c’était irréel ! Au départ de Plymouth, on ne connaissait pas ce qui allait arriver sur la fin de parcours et c’est ça qui est intéressant sur cette transat anglaise. New-York est une zone de cyclogenèse et on peut avoir du petit temps comme cela nous est arrivé ou de la baston terrible comme cela pourrait arriver à Loïck Peyron… Ce n’est pas la même chose avec une Route du Rhum ou une Transat Jacques Vabre où on sait quasiment au départ comment on va finir de l’autre côté, dès le coup de canon. Ce qui a manqué à Sodebo, c’est la réactivité dans les phases de transition, la vitesse dans les petits airs et les vents medium sur mer plate. En dessous de 15 nœuds, la masse de Sodebo est supérieure de près de deux tonnes ! Mais dans la brise, c’est équilibré voire à mon avantage quand il y a de la mer formée. Ce n’étaient pas mes conditions pour The Transat bakerly".

 

© Lloydimages

J 10 : Depuis deux jours, Yves Le Blévec à bord d'Actual Ultim' progresse au ralenti la faute à l'absence de vent. Le grand trimaran progresse la plus part du temps, sous les 10 noeuds de vitesse. Yves Le Blévec continu sa décourte de son bateau et se trouve ce soir à 90 milles de la ligne d'arrivée à New-York.

 

Après 10 jours 12 heures 15 min et 59 sec, Yves Le Blévec a pris la troisième place de The Transat, 2 jours et 2 heures après l'arrivée de François Gabart sur Macif. Yves Le Blévec a rempli son contrat, à savoir traverser en course l'Atlantique sur son trimaran qu'il découvrait en solitaire. A son rythme, sans rien casser. Actual Ultim' souffre en vitesse pure par rapport aux deux autres trimarans plus récents, et n'a jamais été, du coup, dans les mêmes conditions météos que les deux premiers. D'autan que sur les 3 derniers jours de mer, le vent n'était pas vraiment au rendez-vous pour Yves Le Blévec.

 

Yves Le Blévec, skipper d'Actual Ultim' : "La transition est assez brutale ! Cet après-midi, j’étais encore dans des calmes, en train de m’ennuyer en attendant le vent et là, arriver en pleine ville, c’est impressionnant… Belle transat : je me suis rendu compte que j’étais à la fois capable de dérouler tout le parcours heure par heure, et de comprendre que j’ai traversé l’Atlantique en dix jours ! Et même si ma trajectoire paraît assez droite, il a fallu enchaîner en permanence parce qu’il se passe tout le temps quelque chose. J’ai fait connaissance avec mon bateau parce que je n’avais pas beaucoup navigué avec, et encore moins en solitaire. C’était une belle mise en contact avec des conditions météo plutôt sympas : pendant deux-trois jours, on était plus près de la Guadeloupe que de New-York ! On a fait de belles moyennes, et mes concurrents étaient de toutes façons un poil plus rapides. En plus le jeu de la météo les a favorisé puisqu’ils ont pu couper le fromage, à un endroit où je n’aurais pas pu passer. Par rapport à un Multi50, c’est hyper confort ! Ma cellule de vie est de plain pied avec le cockpit de manœuvre, et je vois tout de ma bannette. C’est très sec, très agréable. Mais quand il faut sortir pour manœuvrer, c’est hyper fatiguant… On a eu deux passages de front où il a fallu renvoyer de la toile derrière rapidement : c’est éreintant. Une heure de sport ! Mon premier virement de bord, je l’ai fait il y a deux jours… Mais les empannages, j’en ai enchaîné. C’est beaucoup plus simple que de virer de bord où on fait souffrir le bateau. Les séquences de manœuvres sont assez fatigantes quand même ! Et il faut être attentif en permanence parce qu’il y a moyen de se faire piéger très vite ! Mais j’ai été prudent et je n’ai rien cassé… Je n’ai pas beaucoup dormi : je pense que je n’ai pas été très bon sur la gestion du sommeil. Mais moi, je n’avais pas la tension du combat au contact qu’ont connu François et Thomas. Et le jour où ils sont arrivés à New-York, je me suis complétement détendu : le côté compétiteur a basculé même si je n’ai pas baissé de rythme, mais j’étais plus zen. On va améliorer le bateau qui a tout de même dix ans d’âge : on va jouer sur le gréement en diminuant la hauteur de mât, en changeant la configuration de la voilure pour 2017. J’ai bien vu que le bateau va vite et reste facile quand il n’est pas chargé de toile… L’étude est lancée. J’ai eu de grands moments de plaisir à bord d’Actual ! C’est très différent d’un Multi50, mais c’est incroyable comment on peut aligner les milles faciles…".

 

ITW Yves Le Blévec

 

Temps : 10 jours 12 h 15 min 59 sec

Distance parcourue : 4267 milles

Moyenne : 16.91 noeuds.

 

Bilan : Après le postlogue sur l'Hudson River devant Manhattan samedi, qui a vu aussi l'arrivée des premiers IMOCA60 et du premier MULTI50, la page se tourne, pour les ultimes, pour l'édition 2016 de The Transat. La course a été intéressante malgré un plateau réduit à son minimum. Il faut que rapidement la flotte s'étoffe pour capter au delà du petit monde de la voile. La course avec 2 ou 3 bateaux de plus aurait sans aucun doute une autre dimension, tant dans le suivi que pour les skippers. Il serait en effet impossible de pouvoir marquer plusieurs bateaux et du coup la régate sur l'Atlantique serait plus ouverte. Pas de casse du côté des ultimes, alors que les autres classes n'ont pas été épargné. 

Reste le gros point noir, le manque de couverture médiatique de l'évènement, un départ passé inaperçu et que dire de l'arrivée sans aucune image. Il faut attendre plusieurs minutes pour obtenir une photo et un temps. Et encore, heureusement que les teams eux communiquent... Tout les moyens techniques existent pourtant aujourd'hui pour diffuser de l'image en direct à moindre coût et en se passant des grands networks !