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Penfret premier mais déclassé

  • Writer: Ultim Boat
    Ultim Boat
  • 4 days ago
  • 5 min read


La RORC Round Britain and Ireland Race 2026 aura offert une bataille exceptionnelle en Class40. Pendant près de 1 800 milles, Penfret, Swift et Gambit se sont livré un véritable match-race autour de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, avec des écarts réduits à quelques minutes et une hiérarchie constamment remise en question. Au terme de cette lutte, Pierre Leboucher et son équipage ont franchi les premiers la ligne à Cowes. Mais une protestation déposée contre Penfret a finalement bouleversé le classement : le bateau français a été jugé ne pas avoir effectué le parcours réglementaire. Swift, mené par Greg Leonard, a ainsi été déclaré vainqueur de la catégorie Class40, devant Gambit.


Photo : Rick Tomlison / RORC
Photo : Rick Tomlison / RORC

La 50e édition de la RORC Round Britain and Ireland Race, organisée tous les quatre ans par le Royal Ocean Racing Club, proposait un parcours de 1 805 milles nautiques autour des îles Britanniques et de l’Irlande, avec un départ et une arrivée à Cowes. En Class40, le classement repose sur le temps réel, sans correction IRC.


Pour Pierre Le Boucher, engagé sur Penfret dans le cadre de sa préparation à la Route du Rhum, cette course devait constituer un test grandeur nature. Le skipper français naviguait notamment avec William Hill, à bord du Lift V2 dessiné par le cabinet Lombard.


Dès la sortie du Solent, la bataille entre Penfret, Swift et Gambit s’est installée. Swift prenait un très léger avantage au passage de No Man’s Land. Quelque 400 milles plus tard, à Bull Rock, le Class40 de Greg Leonard était toujours en tête, avec seulement 15 minutes d’avance sur Penfret et 45 minutes sur Gambit.


La hiérarchie allait ensuite basculer au cours de la longue remontée de 400 milles vers St Kilda. Penfret prenait les commandes et creusait progressivement l’écart. À l’arrivée sur cette marque emblématique du parcours, Pierre Leboucher et son équipage comptaient 1 heure et 15 minutes d’avance sur Swift, tandis que Gambit accusait 2 heures et 33 minutes de retard. Il s’agissait alors de la plus importante avance enregistrée par Penfret sur ses deux rivaux.


Mais cette avance avait un prix. Dans cette partie du parcours, Penfret avait choisi une trajectoire à l’intérieur des rochers de Bills, situés à environ neuf milles au large. Une option qui allait devenir déterminante dans la suite de la course.

Gambit profitait pleinement de l’étape suivante, longue de 160 milles nautiques jusqu’à Muckle Flugga. Le bateau de Jon Tyrrel signait le meilleur temps du trio et revenait dans le sillage de Penfret. L’écart entre les deux bateaux n’était plus que de 51 minutes, tandis que Swift, relégué provisoirement en troisième position, pointait à 1 heure et 4 minutes du leader.

Après plus de 500 milles en mer du Nord, la situation évoluait encore. Au niveau de la bouée d’approche de Holm, Swift avait repris la deuxième place, à 1 heure et 15 minutes de Penfret. Gambit accusait alors 2 heures et demie de retard sur le leader. C’était le plus grand écart enregistré entre les trois Class40 au cours de cette course particulièrement disputée.

Mais rien n’était joué. Après Holm, Swift accélérait et ramenait progressivement son retard à seulement 26 minutes. Dans le même temps, Gambit réalisait à son tour une remontée spectaculaire, réduisant de plus d’une heure l’écart qui le séparait de Penfret.


Cette succession de retournements résume à elle seule la physionomie de la course. La tête a changé à trois reprises et Penfret a signé le meilleur temps sur quatre des huit sections du parcours, contre deux pour Swift et deux pour Gambit. Le RORC soulignait encore, à l’approche de l’arrivée, que les trois bateaux ne comptaient que quelques milles de séparation, tandis qu’une protestation avait été déposée contre Penfret concernant le respect du parcours.


À Cowes, Penfret a finalement franchi la ligne en première position, après 9 jours, 29 minutes et 40 secondes de course. Swift a terminé deuxième sur l’eau, seulement 1 heure, 28 minutes et 54 secondes plus tard. Gambit a suivi, à moins de huit milles de Penfret.

Sur l’eau, Pierre Leboucher et son équipage avaient donc réalisé le meilleur temps de la flotte Class40. Mais le résultat demeurait provisoire en raison de la protestation. À l’issue de l’audience, il a été jugé que Penfret n’avait pas effectué le parcours réglementaire. La victoire de la catégorie est ainsi revenue à Swift, devant Gambit, tandis que Penfret a perdu le bénéfice de son arrivée en tête.


Cette issue ne retire rien à la performance réalisée par Penfret durant ces neuf jours de course. Le bateau français aura occupé la tête pendant une grande partie du parcours et résisté jusqu’au bout à deux Class40 particulièrement compétitifs. Elle constitue également un enseignement important pour Pierre Leboucher, qui avait fait de cette Round Britain and Ireland Race une étape de préparation vers la Route du Rhum.


"Ce fut une lutte fantastique entre trois équipes très compétitives du début à la fin", a expliqué Pierre Leboucher après l’arrivée. Pour le skipper français, la course aura également permis de collecter une quantité importante de données en vue de la suite de sa saison. "Je participerai à la Route du Rhum en novembre prochain et cette course a été une excellente préparation. Penfret a affronté toutes les conditions de vent possibles, les données recueillies sont donc très importantes" , a-t-il souligné.


La dimension physique de l’épreuve aura également marqué l’équipage français. Pierre Leboucher a notamment insisté sur la dernière nuit, disputée au près dans environ 20 nœuds de vent, avec des virements de bord répétés et une fatigue accumulée après plus de neuf jours en mer.

Cette dimension humaine est indissociable de la performance réalisée autour des îles Britanniques. Sur un Class40 de 12 mètres, les manœuvres restent largement manuelles et les charges sont importantes. Les équipages enchaînent réglages, changements de voiles, virements et empannages avec des périodes de sommeil réduites.

C’est également ce qu’a retenu Greg Leonard à bord de Swift. L’Américain a décrit une course d’une intensité exceptionnelle, les trois Class40 étant restés au contact pendant l’essentiel des 1 800 milles.


"Pas de pause, pas de répit, pas de quartier", a résumé le skipper de Swift, évoquant une course menée à un rythme particulièrement soutenu. Pour lui, le parcours s’est révélé aussi spectaculaire que sportif, avec des conditions relativement clémentes cette année : du près le long de la côte sud de l’Angleterre, puis beaucoup de portant et de reaching avant les derniers milles vers Cowes.

Le passage au large de St Kilda a notamment laissé une forte impression aux concurrents. Paysages, lumière et présence de baleines, de phoques et d’oiseaux ont accompagné une navigation pourtant menée à pleine vitesse.

À bord de Swift, cette expérience résumait bien l’essence de la Round Britain and Ireland Race : une course exigeante physiquement, techniquement et tactiquement, mais aussi un parcours exceptionnel.


La victoire sportive de Penfret sur l’eau aura donc finalement été transformée en victoire officielle pour Swift après l’instruction de la protestation. Pour Pierre Leboucher, la déception est réelle, mais le bilan de cette circumnavigation demeure largement positif. Penfret aura démontré sa compétitivité face à deux des Class40 les plus performants du plateau et accumulé une expérience précieuse avant la Route du Rhum.


Cette édition 2026 restera surtout comme l’une des plus belles batailles de l’histoire récente de la Class40 sur la Round Britain and Ireland Race : trois bateaux séparés par quelques dizaines de minutes après près de 1 800 milles, trois changements de leader et une décision finale venue du jury après l’arrivée. Une course où la vitesse, la tactique et la navigation auront compté jusqu’au dernier mille.

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