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Viabilis l'outsider qui n'en était pas un

  • Writer: Ultim Boat
    Ultim Boat
  • Nov 8, 2025
  • 7 min read

Il y a des victoires qui se construisent dans la constance, et d’autres qui se jouent au panache. Celle de Baptiste Hulin et Thomas Rouxel sur Viabilis Océans appartient à la seconde catégorie. En s’imposant dans la classe Ocean Fifty de la Transat Café L'OR Normandie Le Havre, au terme d’un scénario haletant, le duo a transformé une course longtemps subie en un triomphe arraché à la dernière heure.

Partis bons derniers après une escale technique dès la première nuit pour changer la grand-voile déchirée, les deux marins ont écrit un scénario de cinéma : 12 jours, 5 heures, 24 minutes et 30 secondes de navigation, 5 709 milles parcourus à près de 20 nœuds de moyenne réelle, et une victoire arrachée dans les dernières longueurs devant Wewise de Pierre Quiroga et Gaston Morvan et Le Rire Médecin – Lamotte de Luke Berry et Antoine Joubert. Trois bateaux sur la ligne en moins de trente minutes après 5 500 milles d’Atlantique : rarement la flotte des Ocean Fifty n’avait offert un tel suspense.


Une transat aux allures d’épopée


Dès le départ avancé du 25 octobre à la demande de la classe Ocean Fifty, le ton était donné. Dix trimarans s’élançaient du Havre sous un ciel d’acier, pressés d’échapper à un front d’ouest redouté dans la Manche. Quelques heures plus tard, la flotte se disloquait. Trois chavirages en une nuit – Lazare X Hellio sans doute après avoir heurté un OFNI et la casse du flotteur bâbord, Koesio et Inter Invest retournés par une raffale plus forte que les autres – rappelaient la violence du jeu et la fragilité des machines volantes. Le reste de la flotte sortait groggy du golfe de Gascogne, chacun mesurant la limite ténue entre performance et survie. A noter que Lazare et Koesio sont deux sister-ship récents.


Photo : Team Koésio
Photo : Team Koésio

Dans ce chaos, Baptiste Hulin et Thomas Rouxel, longtemps co-skipper de Thomas Coville sur Sodebo Ultim' 3, faisaient déjà figure de miraculés. Contraints à un pit-stop à l’Aber-Wrac’h, ils repartaient derniers. Mais le duo refusait la résignation. En mode chasse, Viabilis Océans enchaînait les options justes : bon passage des Canaries, trajectoire inspirée vers le Cap-Vert, et un duo qui, jour après jour, remontait ses concurrents avec une belle science du placement.

Pendant ce temps, la fusée rouge Edenred 5 d’Emmanuel Le Roch et Basile Bourgnon faisait cavalier seul, creusant l’écart à coups de moyennes supérieures à 20 nœuds. Mais le 4 novembre, le sort s’en mêlait : une casse de queue de malet (bout dehors sur le bras arrière pour border le grand gennaker), qui arrache la bâche aéro du bras arrière et une partie du système de barre, stoppait net le tandem, relançant la course.


Un final à couper le souffle


Dès lors, ils étaient cinq à pouvoir prétendre à la victoire : Viabilis Océans, Wewise, Le Rire Médecin – Lamotte, Solidaires en Peloton et Edenred très diminué une fois les réparations faites sur le système de barre, car le duo ne pouvait plus utiliser la grand voile d'avant au portant dans les Alizé, encore à portée. Le jeu d’échecs météorologique reprenait, chaque virement autour des grains caraïbéens devenant une tentative de break.


À la veille de l’arrivée, Wewise semblait tenir son destin en main. Mais à l’approche du Rocher du Diamant, Viabilis Océans sortait un dernier coup de génie, en se positionnant au Sud du plan d'eau. Meilleure trajectoire, manœuvres millimétrées, sens marin affûté : le duo Hulin–Rouxel reprenait la tête et filait vers la victoire, à 15h54 heure locale, sous le soleil brûlant de Fort-de-France. "C’est juste incroyable, on a pris la tête une heure avant le Diamant", confiait un Baptiste Hulin ému sur les pontons. "Pour moi, c’est la plus belle des courses. C’est une transat, en multicoque, en double. Tu partages tout.". Thomas Rouxel, lui, savourait la récompense du travail bien fait : "On s’est vraiment donnés du mal. On a le sentiment d’avoir très bien navigué, et c’est la plus belle des récompenses". Viabilis Océans et Wewase, sont de l'avant dernière génération des Océan Fifty et deux sister-ship signés VPLP.



Le podium : trois duos, trois histoires


Derrière eux, Wewise (Pierre Quiroga– Gaston Morvan) échouait à seulement 17 minutes. Frustrés mais fiers, les deux skippers signent une performance d’envergure pour un projet encore jeune, qui a commencé en milieu de saison, avec deux jeunes skippers dont c'était la première transat en double sur multicoque. "On avait ce matin la victoire à portée de main, mais on ne pouvait pas faire mieux", admettait Pierre Quiroga. "Ce résultat montre la solidité de notre duo."

À la troisième place, Le Rire Médecin – Lamotte (Luke Berry–Antoine Joubert) s’offre la plus belle des revanches après un abandon sur démâtage en 2023. Toujours dans le bon tempo, le tandem malouin a démontré sa régularité et son mental. "C’était une régate au contact, du début à la fin", souriait Luke Berry. "Cette fois, on est allés au bout, et ça a un goût de revanche incroyable".

Au pied du podium, Solidaires en Peloton, un des grands favoris au départ,  (Thibaut Vauchel-Camus et Damien Seguin qui lui sera au départ de la prochaine Route du Rhum sur un ORMA60 dont le sponsor sera annoncé prochainement), terminent à 44 minutes des vainqueurs, confirmant l’extraordinaire homogénéité de la classe. "Il ne faut pas avoir le dernier bateau pour gagner", rappelait Thibaut Vauchel-Camus. "Notre flotte prouve que c’est le marin qui fait la différence". Effectivement, les trois bateaux chavirés sont trois bateaux de dernière génération. Mais les éléments, météorologiques ou extérieur (collision), sont aussi les causes de ses abandons.


En mode revanche : Edenred 5, la frustration constructive


Cinquièmes au terme d’une transat qui restera dans les mémoires, Emmanuel Le Roch et Basile Bourgnon (Edenred 5) ont vécu la course la plus haletante de leur jeune histoire en Ocean Fifty. Le trimaran a été mis à l'eau cet été, il avait participé qu'à une seule course côtière avant le départ du Havre. Longtemps leaders de la flotte, les deux hommes ont vu leur domination s’effriter dans les derniers jours après une avarie sérieuse qui les a privés de victoire.

"Pour avoir passé trois ans en Figaro, j’ai eu l’impression de revivre ça", racontait Basile Bourgnon à son arrivée. "Chercher le détail, ne rien laisser dans la manœuvre. On a été très exigeants avec nous-mêmes". Emmanuel Le Roch abonde : "On n’a pas eu beaucoup de temps pour souffler. Pas de musique, pas de pause. On n’a fait que regarder le bateau".

Une rigueur qui laisse place à la frustration, mais aussi à l’envie de revanche. "J’ai une soif de revanche énorme", conclut Basile Bourgnon "Je n’aimerais pas être mes concurrents l’année prochaine". pour la Route du Rhum.


Le premier équipage féminin de la Transat


Photo : Transat Café L'OR - Olivier Blanchet / Alea
Photo : Transat Café L'OR - Olivier Blanchet / Alea

Sixièmes, Anne-Claire Le Berre et Elodie-Jane Mettraux (Upwind by MerConcept) ont marqué cette Transat Café L’OR d’une empreinte singulière. En coupant la ligne en musique, sur les notes de Beyoncé, le duo 100 % féminin a célébré une traversée exigeante et symbolique. "Arriver au bout de cette transat, sur nos bateaux, c’est un gros sujet", confiait Anne-Claire Le Berre qui a repris la barre du trimaran en début de saison. "On a perdu trois concurrents dès la première nuit, ça ne laisse pas indifférent. Traverser l’Atlantique en multicoque, c’est une montagne d’émotions". D'autant que ce trimaran a la réputation de ne pas être facile à mener. Elodie-Jane Mettraux ajoutait : "C’était une course intense du début à la fin, mais aussi une aventure extraordinaire. On a appris énormément". Au-delà de leur performance, leur regard sur la classe en dit long sur l’évolution de la série : "Le niveau est impressionnant, le jeu est beau, et les vitesses atteintes par les premiers sont hallucinantes", soulignait Anne-Claire Le Berre. "On a un peu bataillé seules derrière, mais on reviendra plus fortes", promet Elodie-Jane Mettraux.


Mon Bonnet Rose, le duo de la fidélité


Photo : Transat Café L'OR - Olivier Blanchet / Alea
Photo : Transat Café L'OR - Olivier Blanchet / Alea

C'est vendredi, à 14h51 heure locale que Mon Bonnet Rose franchissait la ligne sous le soleil martiniquais, refermant la marche des Ocean Fifty. Moins de 24 heures séparaient le premier du dernier, preuve d’un plateau d’exception et d’une densité rare. Pour Laurent Bourguès et Arnaud Vasseur, cette septième place avait le goût de la victoire. "C’était déjà une sacrée victoire d’être au départ au Havre, et encore plus d’être à l’arrivée ici", confiait Laurent Bourguès, dont le projet était en manque de financement et qui n'a pas participé au début de saison. "On a levé un peu le pied après les chavirages, puis on s’est remobilisés. Ce bateau rose a une histoire exceptionnelle, on voulait être à la hauteur".

Arnaud Vasseur saluait surtout la force du lien qui unit le duo : "Dans les moments plus durs, notre première force, c’était notre amitié et la confiance. On voulait partir copains et arriver copains. Mission accomplie".


Une flotte et une classe soudée


En moins de 24 heures, les dix Ocean Fifty engagés (dont sept à l’arrivée) ont livré un condensé de tout ce qui fait la beauté de la course au large : engagement, solidarité, maîtrise et imprévu. La Transat Café L’OR 2025 restera comme l’une des plus intenses et des plus indécises de la jeune histoire de la classe.

Reste à reconstruire les trois bateaux chavirés (Lazare, Koésio et InterInvest). Trois bateaux qui sont maintenant à bon port, après avoir été remis à l'endroit dans des conditions pas toujours simples. Les structures des plateformes semblent en très bon état. Trois mât sont à reconstruire (200 000 euros pièce), Et beaucoup de travaille à mener pour que les trois trimarans soient sur la ligne de départ la saison prochaine.

Koésio est rentré dans sa base à la Rochelle et l'équipe a réaffirmé que l'objectif était d'être au départ de la Route du Rhum avec Audrey Ogereau. InterInvest est rentré dans sa base au Croisic, le chantier de réparation va suivre son cours. Lazare X Hellio est arrivé hier à Hennebont, a été rentré dans le chantier. Une cagnotte a été mise en ligne pour faire construire un nouveau mât. Et l'équipe recherche 1 million d'euro pour repartir.


Viendra se rajouter à ses 10 trimarans, Sodebo Fifty, actuellement en chantier à Lorient pour Léonard Legrand.


Photo : Team Lazare
Photo : Team Lazare


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